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Fascistes, espions et gourous: le réseau des apologistes des sectes 1. Choses amusantes
Édition réduite de l’étude en 12 parties « Fascists, spies and gurus. Psychological warfare and geopolitics of cults » Luigi Corvaglia I – Choses amusantes En juillet 2020, mon estime de moi a eu un sursaut. Le rapport annuel sur la liberté religieuse dans le monde de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF ) se terminait par des recommandations adressées au président des États-Unis, alors Trump, sur la manière de protéger ce droit fondamental ; parmi ces recommandations figurait celle d’entraver le travail de la FECRIS , la Fédération Européenne des Centres de Recherche et d’Information sur le Sectarisme, lors de la réunion annuelle de l’ OSCE à V arsovie. Or, le représentant de la FECRIS à la conférence annuelle de l’OSCE sur la dimension humaine, chargé de dénoncer les abus dans les cultes totalitaires, n’était autre que la modeste personne qui signe ces lignes . C’est ainsi que commençait mon dossier sur la géopolitique des sectes (2022). L’incipit était percutant. Trump aurait donc dû penser à me mettre des bâtons dans les roues (avec tout le travail qu’il avait déjà dans sa lutte contre le « deep state »). Cette révélation grotesque plongeait aussitôt le lecteur stupéfait en pleine scène. Comme un metteur en scène habile, après l’avoir surpris par d’autres révélations tout aussi grotesques, je le conduisais dans une reconstitution historique ordonnée. C’était une histoire de sectes, d’espionnage et de guerre psychologique. En somme, c’était le récit d’une « spy story ». Ce rapport serait ensuite traduit en anglais, en français et en néerlandais, puis publié en 2023 dans la collection Fogli di Via par la Fondation de Ferrari . Figure 1 – Le rapport de l’USCIRF recommande au président des États-Unis d’entraver le travail de la FECRIS à l’OSCE. Jeffrey Augustine , un enquêteur qui compte parmi les plus célèbres critiques de la Scientologie au monde, a écrit à ce sujet : Corvaglia offre la description la plus précise que j’aie lue jusqu’à présent de ce qui est, essentiellement, une opération de renseignement multinational à caractère religieux. Arnaud Palisson , l’analyste qui, pendant dix ans, a dirigé le département « cultes et sectes » des services de renseignement français, a déclaré : Le dossier sur la géopolitique des sectes est un modèle unique en son genre. […] Stephen Kent , professeur émérite à l’Université de l’Alberta, Canada, l’un des chercheurs les plus renommés dans le domaine des études sur les sectes, a qualifié mon rapport de « dynamite pure ! » Je n’aurais jamais pensé qu’un ouvrage qui est, somme toute, un fatras rédigé avec légèreté et esprit ironique, recevrait un tel accueil. Je crois donc qu’il est temps de transformer ce matériel, qui avait alors été volontairement présenté de manière « cinématographique », en un exposé plus linéaire et organique, de l’enrichir de nouvelles informations et, surtout, de mieux l’inscrire dans son cadre idéologique et politique. Dans ce prologue, toutefois, je me permets de reprendre l’esprit de ce premier dossier afin que le lecteur, peu habitué aux dynamiques du monde obscur dont je vais parler, puisse y être introduit avec l’attitude adéquate, c’est-à-dire la curiosité de l’incrédule. Comme expédients propres à capter l’attention que chacun porte à l’incongru, je rapporte deux faits grotesques utiles à cet effet. Le premier est que mon narcissisme ne fut pas seulement flatté par le fait qu’une agence gouvernementale américaine ait conseillé au président d’entraver la modeste personne qui écrit ces lignes, mais aussi par la circonstance supplémentaire que, immédiatement après, une ONG dénommée European Federation for Freedom of Belief (FOB) a proposé que l’Italie soit incluse dans la liste des pays à risque pour la liberté religieuse à cause de ma présence. On peut s’en étonner en lisant l’article Même l’Europe sur la Special Watch List ? (figures 2 et 3). Figures 2–3 – Extrait de l’article de la FOB affirmant que tous les pays où la FECRIS opère devraient être surveillés pour les risques liés à la liberté religieuse (fig. 2), car non seulement des Français ou des Russes vont à l’OSCE, mais aussi… un Italien (fig. 3). Comme si cela ne suffisait pas, le président de cette organisation, Alessandro Amicarelli , m’a accusé dans un post public sur Facebook d’être de connivence avec le régime communiste chinois dans la commission de divers actes néfastes, parmi lesquels le prélèvement forcé d’organes sur des dissidents (fig. 4). L’affirmation est pour le moins originale ; dès lors, la personne qui n’a aucun scrupule à la proférer doit elle aussi être intéressante. Apprenons à la connaître. Figure 4 – Le président de la FOB m’accuse, dans un post public sur Facebook, d’être de connivence avec le Parti communiste chinois et me compare aux nazifascistes qui nient l’Holocauste. Alessandro Amicarelli , Alex pour les amis, est un avocat qui exerce à Londres. Son adresse de correspondance est, comme indiqué sur la page du Registre des Sociétés du Royaume-Uni (Companies House), 78 York St, London W1H 1DP , qui semble être le siège d’une société au nom amusant, Billy the Duck Ltd , active dans la production vidéo et ne comptant qu’ un seul employé . En réalité, cette même adresse — une petite pièce d’angle — abrite une douzaine d’autres sociétés (mais aucun cabinet d’avocat). Ils doivent s’y sentir à l’étroit. Sur sa page personnelle , Amicarelli se décrit comme « avocat, enseignant et philanthrope ». Il aime donc son prochain, comme le suggère l’étymologie du mot. Cela est encore davantage suggéré par le fait que, sur ladite page, il se déclare « fondateur et président de l’ Embassy of Love International ». Le fait que ce nom rappelle un cabaret équivoque a éveillé ma curiosité… Figure 5 – Google Street View de l’adresse d’Amicarelli à Londres. Le moteur de recherche des entreprises européennes North Data crée des réseaux intéressants en reliant sociétés et individus selon leurs relations d’affaires. La fiche consacrée à Amicarelli contient le schéma de connexions présenté à la figure 6. Si l’on clique sur le lien Embassy of Love Ltd , on découvre que son siège social se trouve ni plus ni moins que sur Regent Street (figure 7). Ceux qui connaissent Londres savent qu’il s’agit d’une adresse véritablement exclusive. Toutefois, une simple recherche sur cette adresse révèle un fait intéressant : l’élégant bâtiment est connu pour héberger de fausses adresses de sociétés bidon, c’est-à-dire une domiciliation virtuelle utilisée par des milliers d’escrocs (figure 8). En réalité, l’adresse est utilisée par environ 4 000 sociétés, dont certaines sont connues pour avoir trompé leurs investisseurs . Cependant, North Data ne recense que les entreprises européennes, alors qu’Amicarelli, sur sa page personnelle, affirme avoir fondé son ambassade de l’amour aux États-Unis. Figure 6 – Schéma des relations d’A. Amicarelli issu du site North Data. Figure 7 – L’adresse de l’Embassy of Love Ltd selon North Data. Figure 8 – Article de la presse anglaise sur le « paradis des escrocs » à Regent Street. En effet, outre la société enregistrée à Cardiff, Pays de Galles le 16 février 2021, les registres américains en mentionnent une autre, enregistrée le 6 février 2023 (il aime décidément février) et dénommée Embassy of Love International Ministries , ayant son siège légal dans l’État de Washington . L’adresse américaine correspond au Fidelity Building de Spokane (voir ci-dessous une photo – fig. 10 – tirée de Google Street View , où une partie apparaît floutée à la demande de l’une des sociétés qui y ont leur siège). De quoi s’occupent exactement les deux sociétés sœurs, nul ne le sait. Même en consultant le registre des sociétés du Royaume-Uni , il est impossible de comprendre les objectifs de l’entreprise, bien qu’il y soit question de fonctions et de rémunérations. Figure 9 – Certificat de la Chambre de commerce de l’Embassy of Love International. Figure 10 – Street View de l’adresse de l’Embassy of Love International Ministries à Spokane, WA, États-Unis. Figure 11 – Obaseki & Co Ltd. L’équipe. Si l’on regarde les autres nœuds directement reliés à l’avocat, on voit apparaître Roma Nation Embassy , une société dont le siège est situé — vous l’avez deviné… — oui, au 207 Regent Street! Activité ? Inconnue. On constate également qu’il est lié à Obaseki & Co Ltd , le cabinet d’avocats géré par des juristes nigérians auprès duquel Amicarelli exerce son activité. Sur la photo de groupe, on peut l’apercevoir qui se glisse derrière les têtes du premier rang (figure 11). On le reconnaît parce qu’il est le seul « caucasien ». De façon surprenante, ce cabinet se trouve réellement à l’adresse indiquée dans les registres, à Bentley Road, un quartier bien moins chic que Regent Street, où il préfère se faire envoyer la correspondance (figure 12). En explorant les autres nœuds du réseau signalés par North Data, on voit une connexion directe avec l’ All Faiths Network pour le Royaume-Uni . Il s’agit de l’une des nombreuses organisations qui relèvent de la Scientologie . Figure 12 – L’emplacement du cabinet d’avocats où travaille le président de la FOB. Ce holding religieux, dont le credo est un mélange de gnosticisme, de magie et de science-fiction (vous pouvez lire un résumé de sa doctrine dans le troisième chapitre de ce rapport), est un organisme aux multiples visages et aux nombreuses manifestations. L’une d’elles est l’All Faiths Network, dont le directeur est William Martin Weightman , qui n’est pas, par hasard, un autre nœud direct d’Amicarelli, comme le rapporte North Data. Il est facile de découvrir qui est Weightman. C’est un fier membre de l’Église de Scientologie et, comme il l’affirme sur sa page LinkedIn , il a été directeur du bureau des droits de l’homme de l’Église (figure 13). Figure 13 – Page LinkedIn de Martin Weightman. Ce n’est pas une surprise. En effet, Amicarelli, Weightman et une certaine Rabbi Jeff Berger de l’Église de Scientologie de Londres ont co-signé un livre sur le Covid-19 publié par l’All Faiths Network. À la page 25, vous y trouverez une photo de moi. Il ne m’avait pas non plus échappé une photo du philanthrope en train de prendre la parole lors d’une réunion de l’All Faiths Network, sous l’effigie du fondateur de la Scientologie, Ron L. Hubbard (figure 14). Figure 14 – Amicarelli prononce un discours à l’All Faiths Network sous une photo de L. Ron Hubbard. L’All Faiths Network fait partie des associations qui composent la European Federation for Freedom of Belief (FOB) , dont Amicarelli est président. Parmi les autres associations constitutives de la fédération figure Soteria International , expression de l’organisation Atman Yoga de Gregorian Bivolaru — le gourou recherché pendant des années par Interpol et finalement arrêté en France en 2023 sous l’accusation d’association de malfaiteurs, traite d’êtres humains et abus sexuels. Il y a aussi l’ European Interreligious Forum For Religious Freedom , dont le président est le « Rév.» Eric Roux , président des United Churches of Scientology en France et vice-président du Bureau européen des affaires publiques et des droits de l’homme de l’Église de Scientologie (et probablement chef de l’OSA, le service de renseignement de l’Église). Enfin, on trouve la European Coordination for Freedom of Conscience (CAP LC) , dont le président est Thierry Valle , lui aussi membre de la Scientologie . Figura 15 - Eric Roux et Thierry Valle L’un des membres fondateurs , et toujours membre du comité scientifique de la Fédération, est Fabrizio d’Agostini , qui, dans la revue de Scientologie Ética e Verità , a exprimé sa satisfaction d’avoir obtenu la certification OT 6 , l’un des niveaux les plus élevés de la hiérarchie de la Scientologie (figure 16). Il semble presque que la FOB ait quelque chose à voir avec la Scientologie. Figure 16 – Page de la revue de Scientologie Ética e Verità consacrée à Fabrizio d’Agostini. Amicarelli, soit dit en passant, est aussi le nom de famille du porte-parole historique de la Scientologie en Italie, Fabio Amicarelli . Bien sûr, cela ne signifie rien, il pourrait s’agir d’une simple homonymie, mais il existe un troisième Amicarelli : l’hypnotiseur Michele Amicarelli , qui siège lui aussi au comité scientifique de la FOB. Trois personnes portant le même nom de famille, toutes reliées au même univers. C’est possible… même si Amicarelli n’est pas un patronyme très courant en Italie. Ci-dessous (figures 16 et 17), vous pouvez voir une comparaison entre la fréquence de ce nom de famille et la mienne, qui n’est pas très répandue, sauf localement. Figures 17–18 – Comparaison entre la prévalence du nom de famille Amicarelli et du nom de famille Corvaglia en Italie : 88 familles contre 803. De quoi s’occupe la FOB ? Comme on peut le lire sur leur site web, elle promeut et protège la liberté religieuse. La FOB est inscrite au registre des lobbies auprès du Parlement européen et de la Commission européenne. En janvier 2016, j’ai raconté tout cela au journal Linkiesta, qui publia un article de Carmine Gazzanni contenant également une de mes interviews. La réaction immédiate de la FOB fut une réplique dans le même journal, où l’on menaçait de poursuivre en diffamation l’auteur de l’article ainsi que moi-même. J’ai répondu sur la même page : Je ne crois pas que quiconque, à l’intérieur ou à l’extérieur de la FOB, aurait l’audace d’affirmer que la Scientologie, pour ne citer qu’un exemple, n’est pas une organisation pour le moins « controversée ». Et pourtant, la direction de la FOB écrit que cette affirmation est « préjudiciable ». Pourquoi ? Si faire partie d’organisations, même controversées, est précisément le droit que la FOB défend bec et ongles, pourquoi affirmer que certains de ses membres en font partie serait-il diffamatoire ?! Peut-être qu’une association qui défend les droits des homosexuels se sentirait offensée si on l’accusait du fait que certains de ses membres sont homosexuels ? Un curieux nœud logique qui ne peut s’expliquer que par la crainte du conseil d’administration de la FOB que cela ne suscite des doutes sur les véritables objectifs de la Fédération. Naturellement, aucune action en justice ne suivit. La plupart des articles publiés sur le site web de l’organisation sont tirés de la revue Bitter Winter . Il s’agit de la revue du Centre d’Études sur les Nouvelles Religions (CESNUR) du célèbre Massimo Introvigne , dont l’épouse siège elle-même au comité scientifique de la FOB . Cet auteur prolifique est également président d’une étrange société appelée E-religion SNC , qui affirme n’avoir qu’un seul employé. La société a été fondée en 2001 (l’employé n’a été embauché que vingt ans plus tard). Figure 19 – Extrait du registre du commerce de l’entreprise E-Religion de Massimo Introvigne et Pierluigi Zoccatelli. Entre les ambassades de l’amour et la religion électronique (c’est le sens de « e-religion » ), les diverses sociétés rattachées au groupe des défenseurs de la « liberté religieuse » apparaissent de plus en plus intrigantes et mystérieuses. À quoi peuvent donc bien servir toutes ces entités avec numéros d’immatriculation, boîtes postales et adresses e-mail ? Nul ne le sait. Ce qui est certain, en revanche, c’est que circulent des inférences, des rumeurs et, avec le temps, des indices intéressants sur le sujet… La dernière chose grotesque est l’utilisation d’une photo prise le 29 septembre 2017 à Salekhard, Sibérie. Je la republie ici (figure 20) : Figure 20 – Intervenants à une conférence sur les cultes destructifs tenue en Sibérie en 2017. Celui tout à l’extrême droite, c’est moi. La photo a été utilisée comme preuve définitive, une « smoking gun », d’un lien entre la FECRIS — ou du moins moi — et le régime russe. En effet, le deuxième en partant de la gauche est Alexander Dvorkin, un militant antisectes russe proche de l’Église orthodoxe (et celui au centre est, évidemment, un évêque orthodoxe). L’image, désormais iconique, a rempli sa fonction sur les principaux sites des opposants au mouvement antisectes et a connu une carrière honorable qui dure depuis de nombreuses années. Elle a même eu l’honneur d’être présentée dans le cadre d’une communication académique au congrès international du célèbre Centre d’étude des nouvelles religions (CESNUR) . Exemple d’« élaboration conceptuelle élevée » et de « rare rigueur académique » : le commentaire de l’oratrice — « On m’a dit que cette personne (elle parlait de moi) est fortement athée — qui le lui a dit ? — mais on voit qu’il n’a aucun mal à fréquenter le clergé. » En effet, l’évêque au centre n’était pas exactement incognito. Vous pouvez voir l’argumentation « irréfutable » dans la Vidéo 1 (plus loin dans le texte). Vidéo 1 – Rosita Šorytė a surpris l’auteur de ce rapport en fâcheuse compagnie. La distinguée chercheuse qui a présenté cet argument « sophistiqué » au congrès international du CESNUR est Rosita Šorytė , épouse du directeur du CESNUR, Massimo Introvigne , et membre du comité scientifique de la fédération FOB mentionnée plus haut. L’image a même été citée par Massimo Introvigne lui-même dans un article en russe , où le chercheur affirme avoir vu une photo dans laquelle moi, une personne si laïque, j’apparaissais « presque submergé par les prêtres » (l’homme barbu à côté de moi est Thomas Gandow , un pasteur luthérien). Le directeur du CESNUR a fait de cette « image bénie » un élément fort de son répertoire pendant des années. Sur la photo ci-dessous, par exemple, il est en train de l’illustrer lors de la conférence de l’American Academy of Religion de 2018 à Denver (figure 21). Figure 21 – Introvigne commente la photo habituelle lors du congrès de l’American Academy of Religion à Denver en 2018. La photo est ensuite apparue dans des contextes improbables, comme dans un livre sur la pandémie de Covid-19 publié par l’ All Faiths Network (mais nous savons désormais de quoi il s’agit. C’est la photo à la page 25 à laquelle j’ai fait référence plus haut). La photo a ensuite été publiée à plusieurs reprises dans la revue Bitter Winter , éditée par le CESNUR, une fois même avec une légende à la fois amusante et sibylline : « Luigi Corvaglia à l’extrême droite (ce qui n’est pas sa position politique) ». Cependant, la réutilisation la plus incroyable de cette photo est survenue dans The European Times , un obscur quotidien en ligne qui affirmait que le mouvement antisectes est responsable du sentiment anti-ukrainien en Russie et, par conséquent, moralement coresponsable de la guerre en cours (!). L’auteur de cet article et d’autres textes de ce journal est un certain Jan Leonid Bornestein , dont on ne trouve aucune trace sur le Web. Sa seule photo disponible, insérée dans l’outil Facecheck.id — un service de vérification d’identité par reconnaissance faciale — a donné zéro résultat. On ne peut exclure que cette personne n’existe pas et que la photo soit un produit de l’intelligence artificielle. The European Times est une étrange publication enregistrée en Espagne mais dont le directeur est un Bulgare, un certain Petar Gramatikov . Celui-ci se présente comme un hiérodiacre de l’Église orthodoxe bulgare, bien que son ordination ait été conduite en violation des canons (il a été marié et divorcé plusieurs fois, ce qui le rend inéligible à l’ordination). Quoi qu’il en soit, il a été ordonné par le métropolite de Tyrnovo, même s’il vit à Plovdiv. Très probablement, son diaconat et son monachisme sont simplement décoratifs. Les seules choses certaines sont qu’il dirige le journal d’un centre de bien-être, l’ Orpheus Club Wellness à Plovdiv, et qu’il entretient d’excellentes relations avec la Scientologie, comme en témoigne sa présence à la célébration du 46ᵉ anniversaire de la fondation du siège belge de l’organisation . La photo ci-dessous le montre au centre lors de ladite célébration. Figure 22 – Participants à la célébration du 46ᵉ anniversaire du siège belge de la Scientologie. Celui tout à l’extrême droite (on ne sait pas si cela correspond à sa conviction politique) est Ivan Arjona Pelado , l’un des principaux représentants de la Scientologie et membre des services secrets de l’Église. Tout se tient. En octobre 2024, le quotidien d’investigation français Blast a publié un dossier révélant que The European Times fait partie d’un centre médiatique international appelé Brussels Media , dont le directeur exécutif, Lahcen Hammouch , est très proche de la Scientologie. Entre autres, l’adresse de contact de The European Times est celle d’une association satellite de la Scientologie en Espagne, la Fundación para la Mejora de la Vida, la Cultura y la Sociedad , dont le directeur est justement Ivan Arjona Pelado , que l’on aperçoit tout à l’extrême droite sur la photo précédente (fig. 22). L’article de Blast publie également une photo prise au Parlement européen le 30 novembre 2023, montrant un petit cercle intéressant comprenant Arjona Pelado (toujours curieusement le dernier à droite sur la photo), le déjà mentionné Eric Roux , principal représentant de la Scientologie et membre de la fédération FOB, au centre, ainsi que Lahcen Hammouch , directeur de Brussels Media , deuxième à partir de la gauche (fig. 23). Figure 23 – De gauche à droite : Willy Fautré, Lahcen Hammouch, Maxette Pirbakas, Eric Roux, Christine Mirre, une personne non identifiée et Ivan Arjona Pelado. Il n’y a donc aucun doute sur le lien entre The European Times , la Scientologie et les associations qui défendent la « liberté religieuse », comme la FOB et d’autres, telles que Human Rights Without Frontiers , dont le directeur est Willy Fautré (le premier à gauche sur la photo 23), ou encore la Coordination des Associations et des Particuliers pour la Liberté de Conscience (CAP LC) , dont la vice-présidente, Christine Mirre , est la troisième à gauche sur la photo 23, à côté de Roux. Une autre photographie (fig. 38) est encore plus significative : elle montre un briefing réunissant des représentants de très haut rang de la Scientologie avec ceux des organisations de défense de la « liberté religieuse ». Il ne s’agit donc pas d’un simple « conflit d’intérêts », mais d’une complicité manifeste. Il est évident qu’il s’agit d’une action coordonnée et planifiée par certains dirigeants de la Scientologie (y compris ceux de l’OSA, son service de renseignement) et par les leaders des ONG de défense de la liberté religieuse. La photo a été prise lors de la réunion de l’OSCE à Varsovie, peu avant le début de la session à laquelle j’allais participer. Figure 38 - Thierry Valle (CAP LC), Christine Mirre (CAP LC), Ivan Arjona Pelado (Scientologie), Willy Fautré (HRWF) et Eric Roux (Scientologie) font un briefing ensemble avant la session sur la liberté religieuse lors de la réunion de l’OSCE. À la fin du même mois où a été publié l’article de Blast sur le réseau reliant Brussels Media , la Scientologie et les ONG de défense de la « liberté religieuse », ma photo sibérienne a elle aussi refait surface, après une brève éclipse. La raison ? Le culte parareligieux ukrainien AllatRa n’avait pas apprécié ma déclaration à un collectif de journalistes d’investigation selon laquelle leur mouvement véhiculait une théorie du complot aux origines obscures et arborait une rhétorique pro-Poutine . Il s’en est suivi une incroyable campagne diffamatoire dans laquelle divers « trolls » d’AllatRa m’ont accusé, moi — et non pas eux — d’être un « agent russe » ou un « agent de l’Église orthodoxe russe ». Cette photo a été utile (voir figure 24). Même les arguments utilisés contre le mouvement antisectes, largement puisés dans les articles de Bitter Winter , se sont révélés utiles. Figure 24 – Adept d’AllatRa occupé à me diffamer comme « agent russe », en utilisant les arguments de la campagne de Bitter Winter et de la FOB. À part cela, il ne semble pas y avoir de doute sur les objectifs politiques prorusses d’ AllatRa , comme l’ont également montré plusieurs enquêtes journalistiques . Au début de novembre 2024, les services de sécurité ukrainiens ont même fait irruption dans une vingtaine de sièges centraux du culte, confisquant du matériel qui confirmait les résultats des enquêtes sur les « activités subversives pour le compte de la Fédération de Russie » menées par le mouvement. Étrangement, le seul expert extérieur à l’organisation qui a accepté d’être interviewé par la télévision de ce mouvement au sujet de la prétendue persécution d’AllatRa et d’autres cultes était un membre de la FOB — et pas n’importe lequel : le haut scientologue Fabrizio D’Agostini . Je croyais avoir compris que c’était moi l’« ami des Russes » et que la FOB représentait, elle, la démocratie et la liberté. Manifestement, il y a quelque chose de faux dans cette représentation. Figure 25 – Fabrizio D’Agostini (Scientologie et FOB) à la télévision du culte prorusse AllatRa. Cette introduction a donc permis au lecteur de se familiariser avec les acteurs (CESNUR, Scientologie, FOB, USCIRF, etc.), de se faire une idée de leurs relations réciproques et de leur modus operandi, ainsi que de comprendre comment l’auteur utilise les sources ouvertes pour enquêter sur le réseau des « apologistes des sectes ». Le lecteur est maintenant prêt à s’immerger dans l’exposé ordonné de l’histoire, du cadre idéologique et du contexte géopolitique dans lequel s’inscrivent les actions de guerre hybride que nous venons de passer en revue. à suivre ...

Jeux d'esprit et "écoblanchiment" : Les arguments fallacieux des apologistes des sectes
Luigi Corvaglia 1- Le paradigme du flingueur aux yeux croisés Il y a deux façons de faire mouche . La première consiste à bien viser et à atteindre le cercle le plus proche de la cible. L'autre consiste à frapper au hasard et à dessiner la cible autour du trou que nous avons fait. Ce deuxième système est plus efficace, mais seulement si personne ne nous regarde tirer. Un groupe de sociologues qui a monopolisé l'étude des "nouveaux mouvements religieux" est un bon exemple de ce deuxième type. Ces auteurs, regroupés autour du Centro Studi Nuove Religioni (CESNUR) à Turin, en Italie, avancent une thèse simple et unique dans des centaines d'articles mutuellement reconnus, dans une sorte de revue croisée, à savoir que la manipulation mentale est un mythe. Il s'ensuit que les "sectes" qui abusent de leurs adeptes ne sont rien d'autre qu'une "panique morale" créée par un mouvement anti-sectes fantôme "dépourvu de crédibilité scientifique". En bref, les gens rejoignent des sectes destructrices de leur plein gré, après une évaluation rationnelle, et y restent. Cette description est faite dans l'indifférence totale de l'énorme quantité d'études de psychologie expérimentale, de neuropsychologie et de psychologie sociale sur la persuasion et l'influence sociale. En fait, il est clair depuis des décennies que les décisions individuelles et collectives défient la rationalité et que l'esprit humain est sensible à la suggestion et aux erreurs systématiques qui peuvent être exploitées par ceux qui souhaitent les diriger (Tversky & Kahneman, 1979 ; Cacioppo & Petry, 1984 ; Damasio, 1984 ; Zimbardo, 2002 ; Budzynska & Weger, 2011). Il y a quelqu'un qui a reçu un prix Nobel pour ces études sur la manipulabilité de l'esprit : Daniel Kahneman . L'influence sociale et le pouvoir de la perception de soi comme membre d'un groupe (auto-catégorisation) dans la détermination des actions est un héritage consolidé de la connaissance scientifique (Turner, 1987, 1991, Turner & Reynolds, 2012). L'existence de techniques de persuasion est à la base des stratégies de marketing et de propagande politique (Cialdini, 2017 ; Sharot, 2018). Malgré cette masse indéniable de données sur la persuasion compilées par les disciplines réellement pertinentes pour de telles études, les sociologues susmentionnés répètent en chœur que la "science" a rejeté la théorie du "lavage de cerveau". Quelle science ? La leur, c'est-à-dire des études basées sur des données telles que le prosélytisme et les taux de rétention dans les nouveaux mouvements religieux. Toutes les études psychologiques et neurobiologiques ne comptent pas. Cette approche s'apparente à un groupe de garçons refusant de jouer au football et décidant donc de clôturer un nouveau terrain plus petit, définissant ainsi les règles d'un nouveau jeu, en décidant qui peut et ne peut pas jouer, et en déclarant finalement que ceux qui jouent au football traditionnel ne jouent pas vraiment au football. C'est comme dessiner la cible autour du trou. 2 - Les sophismes argumentatifs A ce stade, il est légitime de se demander à quel jeu se livrent ceux que nous appelons les "apologistes des sectes" sur leur nouveau terrain de jeu. La réponse est rapide : essentiellement en utilisant des arguments fallacieux. Il en existe trois principales : 1 argument d'homme de paille 2 empoisonner le puits 3 petitio principii a) L'argument de l'homme de paille L'"argument de l'homme de paille" est une astuce utilisée par ceux qui veulent gagner un débat sans en aborder le contenu. Il consiste à attribuer à l'autre partie un argument qu'elle n'a jamais avancé. Bien entendu, la thèse doit être non seulement fausse, mais aussi manifestement absurde, grotesque ou ridicule et donc facile à réfuter. Dans le cas des apologistes, l'homme de paille est le "lavage de cerveau". De même que tous les psaumes se terminent par la gloire, toutes les reconstructions historiques du concept de lavage de cerveau faites par les apologistes des sectes se terminent par une citation du vieux film The Manchurian Candidate avec Frank Sinatra. Ce film raconte l'histoire d'un vétéran de la guerre de Corée qui, en réponse à un certain stimulus, a été reprogrammé en un automate hétérodirect et chargé de tuer le candidat à la présidence des États-Unis. Cette version cinématographique et grotesque de la manipulation sert à souligner l'absurdité de l'idée et donc à protéger les gourous, les démagogues et les chefs de secte des accusations de la pratiquer. Il n'y a qu'un seul problème avec ce raisonnement : personne ne croit au candidat mandchou, personne n'a jamais soutenu la thèse du lavage de cerveau. Ce que les chercheurs entendent par manipulation mentale n'a absolument rien à voir avec l'hypothèse du candidat mandchou. Pour mieux comprendre la différence entre la persuasion indue et Hollywood, il est utile de lire un livre de l'écrivain japonais Haruki Murakami. Dans son livre Underground (1997), il raconte l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995, au cours de laquelle treize personnes ont été tuées et 6 000 autres empoisonnées. Murakami écrit que les adeptes de la secte religieuse connue sous le nom d'Aum Shinrikyo (La vérité suprême) qui ont perpétré l'attentat "n'étaient pas des victimes passives, mais cherchaient activement à être contrôlés". Il décrit comment la plupart des membres d'Aum ont "déposé toutes leurs précieuses richesses personnelles d'estime de soi" dans la "banque spirituelle" du chef de la secte, Shoko Asahara. Leur objectif était de se soumettre à une autorité supérieure, à la représentation de la réalité de quelqu'un d'autre. Ce qui constitue peut-être un groupe abusif et totalitaire, c'est la construction préméditée d'un système qui sélectionne et soutient cette fuite de la liberté, en la renforçant par des étapes lentes et graduelles, en jouant sur la culpabilité et la honte. Il ne s'agit peut-être pas d'un "lavage de cerveau", mais il s'agit certainement d'une manipulation, d'une persuasion indue, car elle vise à l'exploitation. Nous parlons ici de mécanismes connus des neurosciences, de la psychologie sociale, de l'"économie comportementale" de Kahneman - qui a reçu un prix Nobel pour avoir révélé les erreurs systématiques (biais) et les heuristiques irrationnelles de notre cerveau utilisées par le marketing et la propagande - et de la linguistique cognitive de Lakoff (2004), qui met l'accent sur la nature persuasive du langage. Il a expliqué comment l'utilisation de termes spécifiques active des cadres cenceptuels qui guident la perception de l'auditeur. Pour le nier, il faut être très ignorant ou de très mauvaise foi. Une erreur importante dans la discussion du sujet a été de définir la persuasion comme une construction composée d'une seule dimension. S'il n'y a qu'une seule forme de persuasion, elle sera toujours licite pour quelqu'un ("nous persuadons tous et sommes tous persuadés") alors que pour d'autres, elle peut parfois être maligne. Mais ils ne savent pas où tracer la ligne pour la séparer de la persuasion licite. Il est donc nécessaire d'introduire une dimension souvent ignorée : le but du persuadeur, c'est-à-dire la dimension de l'intérêt. Il s'agit d'une dimension que nous pouvons définir dans un axe dont les deux pôles sont l'égoïsme (intérêt pour nous-mêmes) et l'altruisme (intérêt pour les autres). L'introduction de cette nouvelle dimension amplifie l'éventail des connotations et des typologies expressives de la persuasion. Celles-ci peuvent être reproduites dans l'espace en croisant deux axes selon a tradition des modèles de circumplex utilisés en psychologie (fig. 1). On peut en déduire deux choses : 1- La première est que l'accent ne doit pas être mis sur le lavage de cerveau par des méthodes spécifiques, mais sur la persuasion à des fins d'exploitation. Il s'agit de manipulation. L'attention doit être portée sur le "pourquoi" et non sur le "comment". 2- La deuxième chose que l'on peut facilement déduire du diagramme que j'ai présenté est que l'idée selon laquelle les anti-cultistes veulent censurer la persuasion dans son ensemble est fausse, puisqu'un seul des quadrants représente le domaine du contrôle de l'esprit. Il s'agit en fait d'un autre argument de l'homme de paille. b) L'empoisonnement du puits L'expression "empoisonner le puits" est utilisée pour décrire un argument qui consiste à délégitimer à l'avance les propos de l'adversaire en mettant en doute sa crédibilité ou sa bonne foi. De cette manière, tout ce qu'il dit peut être ignoré, considéré comme faux ou non pertinent par le public. Le public peut ainsi ignorer tout ce qu'il dit, le considérer comme faux ou sans intérêt et dire : "puisque vous êtes mauvais, ce que vous dites ne mérite pas d'être pris en considération". La diffamation constante des militants, des universitaires et des associations qui s'intéressent aux groupes totalitaires ne vise certainement pas à discuter leurs arguments, mais à jeter le doute sur leur crédibilité. En effet, les militants qui s'opposent à l'action des sectes sont néanmoins taxés de non-scientifiques (à cause du mythe du lavage de cerveau), d'illibéraux (parce qu'ils sont hostiles à la "liberté de culte"), voire de complices du despotisme. Tout ce que dit le "mouvement antisectes" est donc infondé. c) Petitio principii (ou "sophisme de la question posée") La technique la plus sophistiquée, qui peut même être considérée comme un véritable jeu d'esprit, est le "sophisme de la question posée" (petitio principii). Il s'agit d'une erreur dans laquelle les prémisses contiennent déjà l'affirmation que la conclusion est vraie. En d'autres termes, la conclusion est déjà considérée comme acquise dans les prémisses. Massimo Introvigne (1993) nous en donne un merveilleux exemple. Il a trouvé le moyen le plus ingénieux de proposer le concept selon lequel les anti-sectes croient en un phénomène non scientifique en divisant le mouvement anti-sectes séculier en un mouvement contre-sectes religieux. Il combine la division "séculier-religieux" avec une division en mouvements "rationalistes" et "post-rationalistes". Les rationalistes, selon l'auteur, sont ceux qui croient que les "sectes" attirent leurs adeptes par la fraude, la tromperie. La tromperie n'est pas surnaturelle, elle est donc rationnelle. Par conséquent, il y aura à la fois des mouvements anti-sectes rationalistes et des mouvements contre-sectes rationalistes. Introvigne écrit : Les anti-sectes mettront l'accent sur les caractéristiques séculières de la fraude (par exemple, les miracles "bidons") et les contre-sectes sur ses éléments religieux (par exemple, la "manipulation" des écritures), mais la fraude reste proéminente. Les mouvements qui imaginent une intervention surhumaine ou surnaturelle pour expliquer le succès des sectes sont plutôt qualifiés de post-rationalistes. Les mouvements contre-sectes postrationalistes théorisent l'intervention de Satan. Le diable est l'explication surnaturelle privilégiée par les religieux. Se référant aux critiques laïques qu'il appelle les mouvements anti-sectes, l'auteur écrit : "Le diable est l'explication surnaturelle privilégiée par les religieux : En effet, pour leurs homologues laïcs des mouvements anti-sectes, les sectes ont le pouvoir plus qu’humain de "laver le cerveau" de leurs victimes; mais, comme il a été noté, le "lavage de cerveau" dans certaines théories anti-sectes apparaît comme quelque chose de magique, la version moderne du mauvais œil. Un coup de théâtre extraordinaire ! Tout d'abord, on nous présente une dichotomie simplifiée mais chargée de sens. Elle est ensuite articulée en une subdivision supplémentaire qui produit quatre boîtes : deux pour les rationalistes et deux pour les post-rationalistes, comme s'il y avait deux étages dans un immeuble. Un étage est rationaliste et l'autre post-rationaliste. À chaque étage, un appartement est occupé par des religieux et un autre par des laïques. Introvigned décrit les locataires du premier étage, les rationalistes, comme très semblables car ils utilisent des explications du même type. Ils sont dans le même cadre (la rationalité), mais il prétend faire la même opération avec les locataires du deuxième étage, les supposés post-rationalistes, qui ne sont en rien semblables. Seul un très faible niveau de vigilance critique peut laisser passer cette analogie. Une vigilance très faible et un cadre efficace, celui de l'absurde ("mauvais œil", "postrationalisme", etc.). Sortons du cadre. L'intervention de Satan est bien une idée surnaturelle, la manipulation mentale une théorie scientifique. S'il est vrai qu'aucune des deux hypothèses n'est universellement acceptée, la première ne l'est pas parce qu'elle n'est pas falsifiable selon la définition de Popper, tandis que la seconde fait l'objet d'un débat précisément parce qu'elle est falsifiable ; il s'agit donc d'une hypothèse scientifique. Cependant, un cadre bien conçu - comme nous l'enseigne George Lakoff - peut créer une illusion de similarité. Plus important encore, les processus logiques normaux sont inversés dans la description présentée ici. Au lieu d'arriver à la conclusion que la théorie de la manipulation est irrationnelle par une série d'étapes logiques successives, le discours ne fait que tourner l'argument en posant cette irrationalité comme prémisse ! Il en résulte une tautologie qui ne peut rien prouver. "Le lavage de cerveau n'étant pas rationnel, les apologistes des sectes promeuvent un concept non scientifique".... Bien essayé, Massimo ! Il s'agit précisément d'un "sophisme de la question posée", car la même idée est répétée dans la prémisse et la conclusion. Les arguments qui posent la question posée peuvent être persuasifs et masquer le fait qu'une affirmation discutable est présentée comme une vérité. 3 - De l'argumentation fallacieuse aux miroirs de fumée Les premiers à profiter des erreurs systématiques de l'esprit et à effectuer une manipulation sont précisément ces auteurs. a) Les apologistes des sectes, des parasites culturels Les apologistes et les dirigeants des sectes invoquent la liberté religieuse, c'est-à-dire les principes de la société ouverte qui s'appliquent à l'extérieur des sectes, les mêmes principes qu'ils nient à l'intérieur des sectes. En d'autres termes, ils prétendent défendre des sociétés fermées sur la base des principes de la société ouverte. C'est ce que j'appelle le " paradoxe de Salvemini " (du nom d'un penseur libéral italien). Outre le paradoxe, il s'agit d'une forme de parasitisme culturel, car ils se nourrissent de la société ouverte pour alimenter les sociétés fermées. b) Les apologistes des sectes en tant qu'identitaires L'activisme des organisations de défense de la "liberté religieuse" associées à ces auteurs est présenté comme une défense des droits, de la liberté, du respect du libre choix, bref de la démocratie. Il n'en est rien. Là où la démocratie signifie l'universalisation des droits et le respect des minorités, la proposition des apologistes de la secte n'est pas vraiment motivée par le respect des minorités, mais elle rappelle beaucoup le différentialisme de l'idéologie identitaire et souverainiste, une idéologie d'extrême droite qui, au contraire, valorise les différences précisément pour s'opposer à l'universalisation des droits. Les identitaires et les apologistes des sectes font appel au "droit à la différence". Bien que cela puisse sembler être une affirmation de l'universalisme et de l'oecuménisme, l'identitaire est un ennemi de la société ouverte. Les identitaires défendent d'autres groupes fermés contre les revendications de la société ouverte afin qu'elle n'interfère pas avec leur propre groupe. Si le citoyen occidental est horrifié par la pratique de l'infibulation ou d'autres mutilations génitales féminines et demande leur abolition, c'est parce qu'il estime que l'universalisation des droits est une valeur qui précède le respect d'une culture qui dégrade les femmes et leur inflige des violences. L'identitaire, quant à lui, estime que les coutumes et traditions des cultures où les droits individuels ne sont pas respectés doivent être protégées car la défense de l'identité précède la défense des droits individuels. les identités sont supérieures aux droits de l'homme. Les apologistes des sectes fonctionnent de la même manière. L'identité de la secte est supérieure aux droits civils qui existent en dehors d'elle. L'appel à la défense des droits par les apologistes des sectes est donc un leurre, un écran de fumée. c) Le dernier écran de fumée Enfin, il faut un effort cognitif minimal pour échapper aux pièges des sophismes argumentatifs et comprendre que les Nouveaux Mouvements Religieux, terme que l'on pourrait ironiquement considérer comme le terme "woke" pour les sectes, n'ont évidemment aucune raison d'être défendus au nom des principes libéraux vantés, car dans le cadre libéral-démocratique, la liberté religieuse est intangible. Cette défense est nécessaire pour les sectes abusives précisément parce qu'elles opèrent dans un système démocratique libéral qui condamne les abus et le harcèlement. Toute autre attitude revient à dessiner la cible autour du trou.

Notes de géopolitique des "sectes". Annexe: Face/Off
Luigi Corvaglia Parfois, les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être. Parfois, elles sont exactement le contraire de ce qu'elles semblent être. L' excursus en sept parties sur la géopolitique des sectes proposé ici a, par exemple, montré comment s'est longtemps répandu un récit qui fait des défenseurs de ces totalitarismes non territoriaux que sont les "sectes" les champions des droits civiques et les défenseurs de la liberté religieuse. Au contraire, les universitaires et les associations qui dénoncent le travail des sectes abusives sont décrits comme hostiles à la liberté religieuse et à l'autodétermination des individus. Ceux qui ont lu le rapport savent bien à quel point cette dernière accusation est paradoxale quand on sait de quel contexte politique et culturel elle émane (parties trois , quatre , cinq et sept ). Comme dans le film Face/Off , le "bon" a pris le visage du "mauvais", et vice versa. Qu'une œuvre d'influence puisse aboutir à ce résultat en trompant le public non averti est aisément compréhensible. Cependant, le lecteur reste probablement avec la question insatisfaite de savoir comment certains apologistes de sectes qui professent croire en des versions non oecuméniques de leur foi peuvent défendre d'autres croyances, ou comment CESNUR , une organisation qui est née comme une émanation d'un groupe catholique traditionaliste comme Alleanza Cattolica ( quatrième partie ), peut devenir le comité de pilotage pour l'action coordonnée du réseau international de défense des sectes qui sont les plus éloignées du catholicisme. Je crois pouvoir contribuer, au moins partiellement, à la solution de ce paradoxe en me référant à trois conceptions - plus précisément à une doctrine, à une théorie et à une idée politique - qui sont les références culturelles de la direction du centre d'études de Turin. Voici une brève description de ces trois ensembles de notions. 1. La théorie de l'économie religieuse Rodney Stark est un américain je-sais-tout, qui promeut vivement le darwinisme dans tous les domaines sauf le seul qui lui est propre, la biologie (selon lui, l’évolution est une invention pour discréditer la religion). Ainsi condense le personnage le blogueur Miguel Martinez . Une synthèse efficace et salace qui s’enrichit dans les lignes suivantes : La principale préoccupation de Rodney Stark est de justifier théologiquement le néolibéralisme, comme en témoigne le titre triomphal de The Victory of Reason : How Christianity Led to Freedom, Capitalism, and Western Success ("La victoire de la raison. Comment le christianisme a conduit à la liberté, au capitalisme et au succès de l’Occident"). Un concept que nous pourrions traduire ainsi, "s’ils ont saisi ta maison, c’est parce que Jésus l’a voulu". L’auteur est intelligent et souligne assez bien les délais dans lesquels le " américain je-sais-tout" se déplace. Affirmer que Stark se limite à "justifier théologiquement le néolibéralisme" est cependant réducteur; en effet, il est surtout occupé à justifier néolibéralement la théologie. C’est le cas de procéder avec ordre. On peut dire mieux. Rodney Stark peut se considérer le fondateur de la Théorie de l’Économie Religieuse . Telle est la conception selon laquelle le marché religieux serait un "marché" assimilable en tout et pour tout à celui des marchandises. Comme sur tous les marchés, les différents consommateurs achètent des biens, qui sont ici les "biens religieux" (les différentes croyances) d’entreprises religieuses en concurrence entre elles (les religions plus ou moins organisées). En accord avec ce paradigme, la théorie soutient que - comme pour tout autre marché de biens matériels ou symboliques, et contrairement à ce que pensent certains théoriciens de la sécularisation - même pour la religion (institutionnelle), la concurrence est bonne pour le marché et, dans certaines limites, l’offre alimente la demande. Pour preuve, les auteurs qui travaillent dans le sillage de cette conception marchandiste tendent à faire remarquer que Les pays avec un plus large pluralisme religieux - c’est-à-dire avec la plus grande concurrence entre entreprises religieuses - comme les États-Unis (...), sont aussi les pays où le nombre total de pratiquants religieux se maintient stable ou croît. Tandis que, En revanche, là où l’État entrave le pluralisme religieux, notamment en s’opposant à l’entrée sur le marché de nouvelles entreprises, qualifiées de «sectes» ou d’ennemies de l’identité nationale, là-bas - comme en France et en Russie - le nombre de pratiquants religieux diminue généralement de manière spectaculaire. En d’autres termes, la conclusion est "plus de marché et moins d’État", selon le paradigme libéral classique. Cette position suppose deux conditions préalables et une hypothèse implicite. Le premier condition préalable c'est que l’augmentation du nombre des pratiquants des religions soit une donnée positive et recherchée; le second que le "consommateur", l’acteur qui réalise son choix sur le marché des croyances, soit "rationnel" et conscient de ce qu’il achète, Bref, que ce soit l’homo oeconomicus imaginé par l’économie néoclassique et qui tend à maximiser son utilité; l’hypothèse implicite de la théorie est que les diverses "entreprises" religieuses se concurrencent en essayant de mieux satisfaire les acheteurs pour lesquels elles sont en concurrence. Les conséquences sont diverses. En acceptant les hypothèses de base, il en résulte la nécessité d’une forte "libéralisation" du marché religieux. Stark et Iannaccone écrivent : Dans la mesure où une économie religieuse est compétitive et pluraliste, les niveaux globaux de participation religieuse auront tendance à être élevés. Au contraire, dans la mesure où une économie religieuse est monopolisée par une ou deux entreprises soutenues par l’État, les niveaux de participation ont tendance à être faibles dans l’ensemble. En somme, il semble que l’ennemi du marché religieux, comme de tout marché, soit les États; cela parce qu’on présume que les institutions étatiques favorisent des monopoles au détriment de la libre concurrence, en qualifiant les nouveaux candidats de "sectes" ou de cultes destructeurs. L’attrait que la Théorie de l’Économie Religieuse a pour certains apologistes des cultes trouve raison, bien sûr, dans cette conception idéologique qui réétiquet la critique des cultes abuseurs comme tentative d’étouffer le libre marché au profit de religions monopolistes et protégées par un État planificateur qui veut les protéger de la concurrence. On sous-entend donc que celle des anti-sectes soit une activité intéressée, opérée par des individus en quelque sorte liés aux appareils étatiques et/ou religieux. De toute évidence, ce ne sont que les grandes religions organisées qui peuvent avoir des prétentions monopolistiques, certainement pas les États laïcs de l’Occident, dont la laïcité est précisément la valeur fondatrice. Cependant, le mouvement anti-sectes n’a aucun rapport avec les religions institutionnelles, au point d’être accusé de "laïcité"... Le lecteur profane de l’économie religieuse reste cependant insatisfait de la curiosité de savoir comment les différentes religions peuvent rivaliser pour satisfaire les consommateurs mieux que la concurrence. La réponse est simple : les religions qui satisfont le plus les clients sont les plus exigeantes et restrictives. L’un des divulgateurs de cette conception mercatiste est Massimo Introvigne , le président du CESNUR . Celui-ci souligne beaucoup cet aspect de l’amélioration de la qualité de l’offre par les concurrents. Il écrit, par exemple : [...] il y a une sorte de combat darwinien dans le domaine religieux aussi. Les propositions religieuses les plus exigeantes tendent à prévaloir : parmi les juifs, les orthodoxes, dans l’islam, les fondamentalistes, et parmi les catholiques, les mouvements et les congrégations les plus rigides. La concurrence sélectionnerait les religions les plus rigides et les plus strictes dans leur exigence de conformité, en bref, les versions les plus fondamentalistes et les plus intégristes. Cette sélection des versions extrémistes peut s'expliquer par le phénomène des free riders, qui seraient, littéralement, ceux qui "voyagent sans billet". Ceux qui veulent bénéficier des avantages d'une entreprise collective mais ne veulent pas en payer les coûts voyagent sans billet. Dans le domaine religieux, l'entreprise collective est une église ou une confession religieuse. Une organisation peut tolérer quelques resquilleurs, c'est-à-dire des affiliés non engagés, mais pas trop. Introvigne écrit : Dans le domaine des religions, les organisations les moins strictes et les moins rigoureuses, qui imposent des droits d'entrée peu élevés et contrôlent de manière lâche si les membres ont payé leur ticket, c'est-à-dire s'ils sont suffisamment engagés, accueillent tellement de resquilleurs qu'elles offrent à leurs fidèles une expérience religieuse édulcorée et insatisfaisante, [...] Les organisations plus rigoureuses demandent un ticket plus cher, et contrôlent que tout le monde le paie : Elles laissent donc entrer moins de resquilleurs, et les biens symboliques produits par un groupe où les resquilleurs n'abondent pas sont généralement présentés comme plus satisfaisants aux consommateurs. On en conclut que le résultat de cette concurrence bénéfique entre les religions est une augmentation de la ferveur et de l'engagement religieux, c'est-à-dire une augmentation de ce qui est le plus hostile à la concurrence (en l'occurrence, de les autres engagements et les autres ferveurs). C'est une concurrence qui alimente les prétentions monopolistiques des fondamentalismes, incompatibles par définition. Une incompatibilité qui ne peut se composer et s'harmoniser dans un œcuménisme, précisément à cause de la rigidité choisie par le marché. En conclusion, tout représentant d'une vision spirituelle conservatrice qui souhaiterait la renforcer devrait s'efforcer de sauvegarder l'existence de toutes les autres religions, en défendant de toutes ses forces même les groupes spirituels les plus controversés (par exemple la Scientologie). Il obtiendrait ainsi le double effet de renforcer sa propre "Vérité" incontestable tout en passant - paradoxalement - pour un défenseur de la liberté religieuse. DONC La première raison pour laquelle des religieux peu enclins à l'œcuménisme peuvent poursuivre la libéralisation du marché des cultes est qu'ils croient que la concurrence permet non seulement la non-ingérence de l'État dans leur foi, mais même l'augmentation et la radicalisation de cette foi elle-même. 2. La doctrine de la double vérité Une deuxième raison pour laquelle des catholiques traditionalistes se font partisans de la "liberté religieuse" dépend d’un concept très simple, et c’est le mensonge . Il semble élémentaire et même naïf d’affirmer que le CESNUR et les organisations dans lesquelles se trouvent placés les différents personnages qui de ce centre d’études sont une expression feignent une préoccupation œcuménique pour la liberté religieuse et une attention pour les droits humains. Imaginer qu’il suffit , comme certains le supposent, le profit produit par les services rendus à la Scientology ou à d’autres cultes pour justifier l’hypocrisie des apologistes religieux est banal. Le précédent exposé sur la Théorie de l’Économie Religieuse est, en effet, exemplaire de la façon dont la logique derrière les comportements paradoxaux peut être beaucoup plus fine. Procédons dans l'ordre. Comme l'écrit Introvigne lui-même dans un article de "Cristianità" , les références culturelles de l'Alleanza Cattolica ont été le Français Jan Ousset et le Brésilien Plinio Corrrea de Oliveira . La filiation du CESNUR par Alleanza Cattolica est à son tour un fait incontestable, puisque le fondateur Introvigne lui-même a admis que le CESNUR était né sous l' impulsion d' Alleanza Cattolica comme une réponse apologétique dans le cadre de la lutte "entre la révolution et la contre-révolution" . En d'autres termes, l'arbre généalogique du CESNUR trouve ses ancêtres les plus proches dans les auteurs catholiques traditionalistes susmentionnés. Ousset est le fondateur de La Cité catholique , une association catholique contre-révolutionnaire dont l'objectif n'est pas la politique active mais la pré-politique. L'organisation repose sur l' infiltration des élites, seules capables de mener la reconquête d'une société en difficulté. Le groupe identifie la " subversion " comme la racine du mal et l'ennemi de la civilisation. La subversion (de l'ordre chrétien, de la loi naturelle et du dessein du Créateur) trouve son origine dans la Révolution française. Les travaux de la Cité catholique ont inspiré une association née quelques mois plus tôt à Madrid sous la protection du gouvernement fasciste de Franco, l' OAS (Organisation armée secrète). L'OAS était une organisation paramilitaire clandestine française active pendant la guerre d'Algérie et dont le slogan était "l'Algérie française ou la mort". Elle a causé environ 1 500 morts en quinze mois par des attentats terroristes d'une férocité sans précédent. La proximité du traditionalisme catholique avec les meurtres et les attentats peut sembler étrange, mais c'est là que réside l'aspect le plus intéressant. Dans les milieux catholiques liés aux hiérarchies militaires, par exemple, la pratique de la torture en Algérie a été considérée comme digne d'absolution sur la base de la pensée d'Aristote, de Thomas d'Aquin et d'Augustin d'Hippone. Louis Delarue, aumônier d'une unité déployée en Algérie, disait qu'il fallait choisir entre deux maux, et que faire souffrir temporairement un bandit qui méritait la peine de mort était le moindre. La meilleure justification est probablement la doctrine du double effet de saint Thomas d'Aquin: "Le mal produit par une action orientée vers le bien n'invalide pas la moralité de l'action elle-même".
Nous avons donc affaire aux éléments clés suivants : l'élitisme, la pré-politique (le travail d'influence culturelle sur l'élite), la contre-révolution et la justification d'actions répréhensibles par des élucubrations philosophiques (surtout St. Thomas). Nous reviendrons sur ces éléments. L'autre référence de l'Alliance catholique est Plinio Correa de Oliveira, avec son ouvrage Tradition, famille et propriété . Son livre "Révolution et contre-révolution" a été le manuel de formation des adhérents de l'AC. Il est bien connu que TFP mène la même lutte que Ousset contre la modernité, que de Oliveira définit non pas comme "subversion" mais comme "révolution". Selon l'historien Orlando Fedeli , membre depuis trente ans, Tradition, Famille et Propriété serait un culte gnostique millénaire . En effet, elle aurait une doctrine extérieure et un enseignement secret réservé aux plus hauts niveaux de connaissance. Les enseignements "ésotériques" de De Oliveira, que l'on peut également lire dans la revue "Dr Plinio" dirigée par Monseigneur João Scognamiglio Clá Dias, étaient axés sur la " supériorité métaphysique " de la noblesse, en particulier de la noblesse foncière sud-américaine. On peut y voir la trace fidèle de la hiérarchie platonicienne et de l'idée gnostique d'un salut réservé au seul "spirituel" (et d'une condamnation partielle du "psychique" et totale de l'"ilique"). L'anti-égalitarisme de TFP génère chez les militants un mépris de classe , un goût pour le luxe et l'oisiveté . Dans le reportage de Joyeux sur l'école TFP de Saint-Benoît, on peut lire que la dureté de cœur et la haine flagrante des gens ordinaires caractérisent le comportement quotidien de la plupart des militants de la TFP. Tout ce qui est luxe, faste et oisiveté est perçu comme contre-révolutionnaire et déclenche un sentiment de fierté lié à l'appartenance à une élite destinée. En effet, la mentalité révolutionnaire se caractérisant par une exaltation virulente du paupérisme, la PTF agit en affirmant systématiquement le contraire. Pour comprendre l'élitisme de De Oliveira, il suffit de savoir qu'il n'a jamais soutenu l'"intégrisme", la version brésilienne du fascisme, parce qu'il le considérait trop "interclassiste" et "socialiste" et pas assez ouvert aux exigences de la supériorité métaphysique de l'aristocratie foncière.
Nous savons qu'à un moment donné, il a été utile pour la TFP de travailler avec des représentants et des associations du conservatisme américain tels que Paul Weyrich et le Council for National Policy (CNP) . Il s'agit d'une organisation secrète, décrite par le New York Times comme "un club peu connu de quelques centaines de conservateurs parmi les plus influents du pays", qui se réunit trois fois par an à huis clos dans des lieux non divulgués pour une conférence confidentielle. Au moment où la Conférence épiscopale brésilienne accuse le TFP de ne pas être en communion avec l'Église de Rome, de Oliveira et ses disciples acquièrent une vision qui voit dans l'Amérique chrétienne la seule force contre-révolutionnaire capable de répondre au sécularisme européen, fruit de la Révolution française, et à la "marxisation" de l'Église latine, qui est allée jusqu'à critiquer la tradition.
Ses consœurs européennes, telles que l' Alliance catholique, ont également adopté la même position, joignant leurs efforts dans la lutte contre la laïcité au monde du néo-conservatisme américain et embrassant la défense de la liberté religieuse.
Emanuele del Medico écrit à propos de l'Alleanza Cattolica : Les objectifs que se fixe cet "apostolat contre-révolutionnaire" concernent avant tout la lutte contre la laïcité, la réécriture de la mémoire historique et le contrôle de la production idéologique de la droite italienne par la création d'une élite intellectuelle restreinte qui donnerait ensuite naissance à la future classe dirigeante . L'"établissement de la royauté du Christ même sur les sociétés humaines" se traduirait par la restauration des hiérarchies traditionnelles , dans le cadre d'une société d'ordre, où la religion reprendrait un rôle prépondérant de contrôle social et de légitimation du pouvoir politique et économique [...] Le projet sous-jacent ne consiste pas tant à porter haut le drapeau du traditionalisme catholique qu'à fonder une droite néo-libérale hyper-conservatrice sur le modèle des Etats-Unis. Pour mener à bien sa politique d'entrisme, outre la revue "Cristianità" et les éditions éponymes, le groupe s'appuierait sur un certain nombre d'organisations apparemment sans lien entre elles, mais dirigées par ses hommes. C'est le cas du Cesnur (Centre d'études sur les nouvelles religions) dirigé par Massimo Introvigne, l'un des cinq "consultants" du synode de l'Alliance catholique. Le gras est mon. En définitive, AC et CESNUR poursuivent le projet néo-conservateur en l'abordant d'un point de vue élitiste et en menant une politique d'influence culturelle. Il est donc intéressant de se pencher sur les racines de l'idée qu'Introvigne et son équipe ont si passionnément embrassée, à savoir le mouvement néo-conservateur américain. Leo Strauss est considéré, à tort ou à raison, comme son inspirateur. Il était convaincu que tous les grands auteurs écrivaient sous une forme déguisée pour le peuple, une forme "exotérique", et qu'il fallait trouver les indices de la vérité "ésotérique" entre les lignes. Cette vérité, réservée à ceux qui peuvent la supporter, comme les élèves choisis par le maître (qu'il rebaptisait "hoplites"), consiste en la prise de conscience nihiliste que la seule vérité est le néant et que tous les principes moraux sont vides de sens. Le message extérieur, "essotérique", consiste précisément en ces "valeurs morales naturelles". Le philosophe authentique doit mépriser les croyances du peuple, mais en public, il doit faire semblant de croire aux mythes et aux illusions concoctés à l'usage des multitudes, dissimuler ce mépris et, en fait, se faire l'avocat des valeurs morales qui conviennent aux masses: la religion, la démocratie, la justice. Encore des leçons réservées aux élus, de l'élitisme, de la contre-révolution. Nous avons quitté le champ de l'influence politique pour la politique réelle.
Strauss, adoptant une perspective anti-égalitaire et aristocratique similaire à celle de de Oliveira, entre en polémique avec la modernité et les conceptions de type démocratique en récupérant explicitement le " noble mensonge " platonicien et en affirmant la nécessité d'utiliser la religion comme instrument rhétorique de manipulation et de domination des masses. Il s'agit de la doctrine de la " double vérité ", dont la première légitimation est la notion platonicienne de " noble mensonge ". Dans la "cité idéale" de Platon , l'aristocratie de l'esprit et de la pensée est légitimée à utiliser la tromperie à des fins morales, éducatives et politiques. Dans le livre III de La République, Platon écrit : [...] Dieu, en vous formant, a mêlé de l'or à la génération de ceux d'entre vous qui sont capables d'exercer le pouvoir, de sorte qu'ils sont les plus précieux ; de l'argent à celle des gardes ; du fer et du bronze à celle des paysans et des artisans [...] la cité périra si elle est protégée par un défenseur de fer ou d'airain. Les membres du TFP se sentent dorés, probablement aussi ceux de l'AC. Ainsi, en soulignant la duplicité du CESNUR, qui est à la fois la façade d'une organisation catholique traditionaliste et un centre qui produit des actions en faveur des cultes les plus éloignés du catholicisme, nous ne parlons pas seulement du mensonge banal du mercenaire engagé par les cultes, mais aussi de celui de l'élu légitimé au noble mensonge et à la double vérité. Il n'est pas surprenant que l'on trouve moralement pratique de recourir "ad usum populi" au noble mensonge consistant à professer les valeurs de la société démocratique et libérale que l'on méprise intérieurement. Il n’est pas surprenant que l’on trouve moralement praticable le recours "ad usum populi" au noble mensonge de professer les valeurs de la société démocratique et libérale que l’on méprise intérieurement. Que ces valeurs les méprisent est évident à plusieurs reprises dans la généalogie du CESNUR. Que se placer comme défenseurs de la liberté religieuse soit une imposture légitimée, on le comprend en raisonnant sur le platonisme inhérent à cette généalogie. L'expert en guerre non conventionnelle Jeffrey M. Bale , de l' Institut d'études internationales de Middlebury, souligne la duplicité du CESNUR, qu'il considère comme le cas le plus flagrant d'une organisation qui promeut extérieurement des programmes politiques et religieux au nom des libertés religieuses et démocratiques, mais qui, en réalité, "vise à défendre les groupes extrémistes, totalitaires et antidémocratiques contre les enquêtes, les critiques et une éventuelle répression de l'État et, plus généralement, à résister à l'humanisme séculier, au libéralisme et au modernisme en Occident, voire à les faire régresser" (voir la septième partie du rapport). Pour les Italiens, un excellent exemple de cette double vérité se trouve sur la ligne AC-CESNUR : En 1994, le fondateur de l'Alleanza Cattolica, Cantoni, a écrit un appel intitulé "Arrêtons le parti radical de masse ". Il faisait référence à un mouvement politique italien bien connu, le Parti radical fondé par Marco Pannella. Ce parti se caractérisait par la promotion d'un libéralisme fort tant dans le domaine économique que dans celui des droits civils (divorce, avortement, homosexualité, libéralisation du trafic de drogue, etc. Selon Cantoni, tous les partis progressistes et laïques formaient un "Parti radical de masse" auquel les catholiques devaient répondre. Le parti radical devenait ainsi l'incarnation de l'ennemi. Des années plus tard, les héritiers de Cantoni ont joint leurs forces à celles des membres du Parti radical pour défendre la liberté religieuse. En 2012, par exemple, le président du CESNUR, Luigi Berzano, a publié un livre contre la proposition de loi sur le délit de manipulation mentale, dont la contribution la plus remarquable était celle de Mauro Mellini , l'une des figures de proue du parti radical. D'autres contributions ont été apportées par Massimo Introvigne , alors dirigeant de l'Alleanza Cattolica, ainsi que du CESNUR, et Fabrizio d'Agostini , l' un des principaux représentants de la Scientologie et fondateur de la Fédération européenne pour la liberté de croyance (FOB) . Il s'agit de la même organisation dont le comité scientifique comprend l' épouse d'Introvigne et qui compte parmi ses fondateurs un membre du parti radical , un certain Camillo Maffia. Si l'observation "la fin justifie les moyens" semble triviale et irrespectueuse de la subtilité de la pensée d'Introvigne, la logique de ces traditionalistes, qui mènent une guerre contre la laïcité en compagnie des paladins de la laïcité, est peut-être mieux décrite par la doctrine précitée du double effet de saint Thomas d'Aquin : "Le mal produit par une action dirigée vers le bien n'invalide pas la moralité de l'action elle-même". On peut donc conclure que la raison pour laquelle les catholiques traditionalistes, anti-œcuméniques par nature, poursuivent la libéralisation du marché religieux repose sur une conception élitiste qui légitime l'usage du mensonge au peuple comme outil rhétorique de manipulation au nom d'un bien considéré comme supérieur. La fausse bienveillance à l'égard des cultes même abusifs (saint Thomas s'en charge d'ailleurs) est un outil de lutte contre le jacobinisme, c'est-à-dire la laïcité à la française, autrement dit la "révolution" (ou la "subversion", si l'on préfère Ousset).
DONC
La deuxième raison pour laquelle les personnes religieuses peuvent chercher à libéraliser le marché de la foi est une conception élitiste qui légitime l'utilisation du mensonge comme outil rhétorique de manipulation pour le plus grand bien. 3. la perspective différentialiste Certains défenseurs de ce qu'ils appellent les nouveaux mouvements religieux semblent être parfaitement homologues aux partisans du différentialisme culturel , la conception politique dont le libéralisme et les droits universels sont les ennemis les plus fiers et les plus acharnés. Ce qui est intéressant, c'est que le différentialiste peut apparaître à un œil inattentif comme un démocrate et un libéral. Exactement comme un apologiste de secte. En fait, le différentialiste défend le " droit à la différence " de toutes les cultures, c'est-à-dire qu'il veut préserver l'identité des peuples. Bien que cela puisse apparaître comme une affirmation de l'universalisme et de l'œcuménisme, le différentialiste est un ennemi de la société ouverte . C'est-à-dire qu'il pense que les "étrangers" doivent rester en tant que tels, vivre "entre eux" et conserver leurs propres références culturelles et valeurs, parce qu'ils "sont différents" et doivent le rester. Il défend leur "droit à la différence" précisément pour éviter que d'autres cultures ne se mélangent ou ne fusionnent avec la sienne. C'est ce que l'on appelle le racisme différentialiste . Ce différentialisme, qui est une défense de son propre groupe fermé, défend les autres groupes fermés contre les revendications de la société ouverte, afin qu'ils n'interfèrent pas également dans son propre groupe . Derrière les proclamations libertaires et respectueuses des cultures allogènes, cette conception vise la récupération et la défense des cultures individuelles afin qu'elles deviennent un contrepoids à l'idéologie mondialiste, et donc précisément à l'universalisme des droits de l'homme. De même qu'il n'est pas surprenant que les partisans du différentialisme soient des représentants de l'extrême droite politique qui inventent leur propre version incongrue du "multiculturalisme", de même il n'est pas étrange que les défenseurs du "droit à la différence" des "sectes" soient souvent des représentants de visions qui sont tout sauf œcuméniques et qui proposent leur propre version incongrue de l'"œcuménisme". Ceux-ci proposent en fait un "multicultisme", qui est la version mignonne du multiculturalisme de la Nouvelle Droite , mais qui ressemble davantage à la "pax mafiosa". Ainsi, les représentants des cultes les plus fermés, les plus illibéraux et les plus incompatibles se retrouvent dans les mêmes associations de défense de la liberté religieuse. Des membres haut placés de sectes destructrices connues de la chronique, des catholiques traditionalistes, des satanistes, des gourous du sexe tantrique, des croyants de religions qui pensent que ceux qui ne suivent pas leur credo sont damnés pour l'éternité, des micro-communautés fermées et intransigeantes, tous ensemble (passionnément) contre ceux qui dénoncent l'exploitation dans les sectes. Au nom de la société ouverte. Face/Off. DONC La défense du droit à la différence par les apologistes religieux est tout à fait analogue à la défense des cultures allogènes par les partisans du racisme différentialiste. Ceux-ci ne croient pas du tout que toutes les idées, croyances et cultures sont équivalentes, mais proposent un "multiculturalisme" qui permet de sauvegarder les identités de chaque "culture" individuelle dans la mesure où cette loi générale implique la sauvegarde de sa propre culture.

De Alleanza Cattolica au CESNUR. Notes sur les racines politiques des apologistes des cultes
Luigi Corvaglia Alleanza Cattolica a été fondée par Giovanni Cantoni , aidé par Agostino Sanfratello . L'objectif était de diffuser la "doctrine sociale de l'Église". Il est bon d'examiner la signification de cet objectif. L'impression superficielle du lecteur est que la promotion de la doctrine sociale a trait à la résolution de problèmes sociaux tels que l'inégalité économique, l'exploitation, etc. Lorsqu'AC parle de "doctrine sociale", il s'agit en réalité de doctrine politique. En d'autres termes, la doctrine sociale signifie les indications selon lesquelles les croyants dans la sphère publique doivent agir selon les principes de la "moralité naturelle". L'AC naît donc immédiatement avec des intentions politiques, cherchant à restaurer une société traditionnelle fondée sur les dogmes du catholicisme, qu'ils voient menacée non seulement par le libéralisme et le socialisme, mais aussi par le catholicisme moderniste et la " Democrazia Cristiana ", le parti politique catholique qui s'est ouvert à une alliance avec les communistes (une alliance connue en Italie sous le nom de " compromis historique "). L'association regroupe ainsi des membres de la droite réactionnaire. Comme l'écrit l'initié Roberto De Mattei, "dans la décennie 1970-1980, Alleanza Cattolica a été l'épine dorsale de la réaction catholique en Italie". Outre la promotion des principes catholiques et la lutte contre l'avortement, le divorce et la normalisation de l'homosexualité, Alleanza Cattolica s'est consacrée à la diffusion de lectures historiques révisionnistes sur le Risorgimento italien et à l'apologie des diverses "insurrections", c'est-à-dire des soulèvements populaires catholiques contre les révolutions libérales et démocratiques (Vendée en France, Sanfedistas en Italie, Cristeros au Mexique, etc.). Giovanni Cantoni , journaliste, était le fils d'un ancien combattant de la Repubblica Sociale Italiana , un régime collaborationniste de l'Allemagne nazie qui a existé dans le nord de l'Italie entre septembre 1943 et avril 1945. Voulu par Adolf Hitler et dirigé par Benito Mussolini, il avait pour but de gouverner une partie des territoires italiens encore militairement contrôlés par les Allemands après l'armistice et la reddition inconditionnelle de l'Italie aux Alliés.
Giovanni Cantoni a hérité de son père le rejet du mythe de la "Resistanza" (la résistance civile du peuple italien au nazi-fascisme), et a trouvé ses modèles culturels dans la philosophie idéaliste de Giovanni Gentile et le mysticisme néo-païen de Julius Evola . Selon l'universitaire Franco Ferraresi, la pensée d'Evola peut être considérée comme l'un des systèmes les plus systématiquement "antiégualitaires, antilibéraux, antidémocratiques et antipopulaires du XXe siècle". Cantoni était également très critique à l'égard du " Risorgimento " italien (mouvement politique et social du XIXe siècle qui a abouti à la consolidation de différents États de la péninsule italienne en un seul État), considéré comme la version italienne de la Révolution française.
La rencontre avec le professeur Plinio Corrêa de Oliveira , dont l'ouvrage principal Révolution et contre-révolution est devenu "le texte de base pour la formation des jeunes militants de l'Alleanza Cattolica" (paroles de Pierluigi Zoccatelli, membre de l'AC et du CESNUR), a été déterminante pour Giovanni Cantoni. La thèse de De Oliveira dans ce livre est que depuis le XVe siècle, la chrétienté a subi une décadence spirituelle dramatique (appelée génériquement la "Révolution") due à la diffusion de l'égalitarisme social et du libéralisme moral, qui ont mis fin à la droiture qui avait caractérisé la société médiévale. Ce qu'il faut, c'est la restauration intégrale de la civilisation chrétienne par le rétablissement des hiérarchies sociales et des titres aristocratiques et la dissolution des partis socialistes. L'action de l'organisation fondée par de Oliveira, Tradiciòn, Familia y Propriedad, est essentiellement politique : ainsi, au Brésil, l'organisation est très active sur le projet de réforme agraire dans les années 2000. Elle s'est rangée du côté des grands propriétaires terriens, les fazendeiros, contre le mouvement des Sans Terre ; cette lutte s'est accompagnée d'une lutte contre la maîtrise des armements Cantoni a collaboré toute sa vie avec des journaux et des magazines de droite. Agostino Sanfratello a ensuite fondé un autre groupe catholique traditionaliste, la " Fondation Lépante ", et a fait partie des principaux activistes de la " Fraternité Saint-Pie X ", un groupe "sédévacantiste" fondé par l'évêque excommunié Lefevbre . Il a été le mentor de Roberto Fiore . Ce dernier était l'un des fondateurs de Terza Posizione , un mouvement d'extrême droite, et a été condamné par la justice italienne en 1985 pour le crime d'association subversive et de bande armée. Selon un article du magazine antifasciste britannique Searchlight , Fiore aurait été protégé par le MI6 en tant qu'" agent des services secrets britanniques " pendant ses années de cavale. La Commission européenne d'enquête sur le racisme et la xénophobie de 1991 confirme son affiliation au MI6 depuis le début des années 1980. Fiore est également le fondateur du mouvement politique " Forza Nuova ", sur les listes duquel Sanfratello s'est lui-même porté candidat en 2003. L'élément le plus intéressant de la biographie d'Agostino Sanfratello est qu'il est le frère aîné de Giovanni Sanfratello. Ce dernier est célèbre dans l'actualité italienne parce qu'il avait entamé une relation homosexuelle avec un intellectuel communiste, Aldo Braibanti , dans les années 1960. La famille Sanfratello a enlevé Giovanni, l'a enfermé dans un asile et a poursuivi Braibanti pour le crime de "plagio" (manipulation mentale). Le "cas Braibanti" a donné lieu à une campagne politique et intellectuelle en faveur du condamné, qui a abouti à l'annulation du crime par la Cour constitutionnelle en raison de sa non-objectivité. Cet aspect est très curieux. En effet, les apologistes italiens, Introvigne surtout, se réfèrent toujours explicitement au cas Braibanti comme exemple des dommages d'une loi de manipulation, mais en réalité ils utilisent l'histoire du seul cas italien de déprogrammation (celui de Giovanni Sanfratello) qui a été effectué par un membre de sa propre organisation, Alleanza cattolica ! Le groupe initial qui a fondé Alleanza Cattolica comprenait l'historien Roberto De Mattei . Il se décrivait comme " principalement un disciple du professeur Plinio de Oliveira " Il est connu pour avoir rejeté avec véhémence la théorie de l'évolution. Il a déclaré que << l'existence personnelle d'Adam et Eve fait partie du magistère de l'Église . Ceci, selon de Mattei serait "une des nombreuses raisons pour lesquelles un catholique ne peut pas accepter les théories de Darwin." Il est ensuite connu pour avoir affirmé que les catastrophes naturelles sont un châtiment divin. En outre, il a affirmé que la " contagion de l'homosexualité" avait été responsable de la chute de l'Empire romain . En février 2014, l'émission de radio mensuelle de Mattei, Radici Cristiane (Racines chrétiennes), a été annulée par le directeur de Radio Maria en raison de la "position de plus en plus critique de Mattei concernant le pontificat du pape François". Il était, de manière incroyable, vice-président du CNR (Conseil national de la recherche) et, moins étrangement, président de la Fondation Lepanto, fondée par Sanfratello. Parmi les divers ouvrages de de Mattei figure une biographie de Plinio Corrêa de Oliveira. Parmi les autres membres éminents, citons Piero Vassallo , auteur d'un essai de défense des nazis jugés à Nuremberg. En 1975, Vassallo est également devenu secrétaire de l'Association internationale Philippe II. Vassallo, qui est décédé en 2022, était membre de Forza Nuova , dont il a également été le président national. Les avocats sont bien représentés au sein de l'AC. Il s'agit notamment de Benedetto Tusa et de Mauro Ronco . L'un était responsable d'un certain nombre d'épisodes haineux de "squadrismo" (actes de violence collective à des fins politiques) à Milan, l'autre était membre d'"Europa 70", un groupe de jeunes proches du mouvement connu sous le nom de "majorité silencieuse". Plus tard, ils étaient tous deux dans la salle d'audience du procès pour le massacre fasciste de Piazza Fontana à Milan. L'un défendait Giancarlo Rognoni, chef du groupe terroriste Ordine Nuovo à Milan dans les années 1960, accusé d'avoir aidé Delfo Zorzì à introduire la valise contenant les explosifs dans la banque où le massacre a eu lieu ; l'autre défendait Carlo Maria Maggi, l'un des principaux représentants d'Ordine Nuovo dans le Triveneto, considéré comme le "théoricien des massacres". L'avocat le plus célèbre d'AC reste toutefois Massimo Introvigne. Il est entré dans AC Alleanza Cattolica en 1972 et est rapidement devenu le membre le plus actif de l'association, l'un des principaux signataires de la revue "Cristianità", l'organe officiel d'AC, et a même succédé en 2008 au fondateur Cantoni, victime d'une attaque cérébrale, en qualité officielle de "Reggente Vicario", mais qui dirigeait en fait l'organisation (Cantoni n'a conservé le titre de Régent qu'à titre honorifique). Introvigne poursuit la tradition de l'apologétique insurrectionnelle en fondant le Centre d'études contre-révolutionnaires (CESCOR) à Turin. En 1988, il a fondé le Centro Studi Nuove Religioni (CESNUR ) . Il s'agit d'un célèbre centre de recherche sur les "nouveaux mouvements religieux" qui se dit "indépendant de toute organisation religieuse ou confessionnelle". Bien qu'Introvigne ait souvent répondu aux critiques sur la neutralité douteuse d'un centre d'étude des religions dont les principaux représentants sont des membres d'Alleanza Cattolica (par exemple Pierluigi Zoccatelli et Andrea Menegotto) en affirmant que le CESNUR n'a rien à voir avec AC et travaille de manière avalutative et scientifique, c'est Introvigne lui-même qui a déclaré en 1993 : C'est ainsi que les militants d'Alleanza Cattolica, avec d'autres, ont fondé et animent encore le CESNUR, le Centre d'étude des nouvelles religions [...] dans le cadre d'une réponse apologétique qui ne néglige jamais de revenir au cadre plus large de la lutte dramatique entre évangélisation et anti-évangélisation, et donc, dans le langage de l'école catholique contre-révolutionnaire dont Alleanza Cattolica s'inspire le plus, entre Révolution et Contre-révolution , cadre dont l'exposé thématique constitue l'un des principaux objectifs de l'association. Dans "La questione della nuova religiosità", par Massimo Introvigne, éditions Cristianità, 1993 (ISBN 88-85236-14-6) Nous devons faire un saut de trois ans en arrière. En 1985, l'organisation dirigée par Plinio Correa de Oliveira , dont nous avons vu qu'elle était la référence culturelle d'AC, la Société brésilienne pour la défense de la tradition, de la famille et de la propriété (TFP) , a été définie par la Conférence épiscopale brésilienne comme " non en communion avec l'Église catholique ". En décembre de la même année, la TFP a publié un pamphlet à succès intitulé Lavage de cerveau : un mythe exploité par la nouvelle " Inquisition thérapeutique ". Ce pamphlet contient toutes les idées que le groupe de réflexion CESNUR développera par la suite. En fin de compte, le thème central est que l'idée de lavage de cerveau par des groupes jugés "fous" est un mythe utilisé par un prétendu mouvement "anti-sectes" pour les censurer. Le pamphlet insiste fortement sur ce qui n'apparaît qu'occasionnellement dans le CESNUR, à savoir l'idée que ce mouvement anti-sectes est une conspiration de psychiatres et de communistes . La TFP, un mouvement fortement anticommuniste, a ainsi été attaquée par la pieuvre psychiatrique bolchevique qui prévaut désormais aussi dans l'Église latino-américaine. Massimo Introvigne, qui jusqu'alors ne s'était pas particulièrement préoccupé des "sectes", a commencé avec une rapidité singulière ses activités de défenseur du pluralisme religieux et de négation du concept de "lavage de cerveau". Trois ans plus tard, il était déjà tellement expert qu'il a fondé le CESNUR. Il existe également une branche aux Etats-Unis, dont le leader est Gordon Melton , un prédicateur méthodiste, fondateur d'un Institut pour l'étude de la religion américaine , dont Tilman Hausherr, un critique de la Scientologie, a dit ne pas connaître d'autre représentant que lui . Il a enseigné au College of Santa Barbara en tant que "visiting scholar" (on dit qu'il a fait don de sa bibliothèque au collège californien). Il a ensuite été "professeur distingué" au Baylor College, qui a été fondé par des baptistes. Il a également fait partie du comité directeur de l' APRL, un bureau de façade de la Scientologie, et est l'un des principaux experts du nouveau CAN, le groupe de scientifiques sectaires dirigé par la Scientologie aux États-Unis.
Jeffrey M. Bale , du Middlebury Institute of International Studies , sans doute l'expert international le plus connu en matière d'extrémisme politique et religieux, de terrorisme, de guerre non conventionnelle et d'opérations politiques secrètes, n'hésite pas à écrire dans le deuxième volume de The Darkest Side of Politics que la guerre non conventionnelle implique des organisations, poursuivant " des agendas religieux ou politiques cachés qui, au nom de la liberté religieuse et d'autres libertés démocratiques, visent en réalité à soustraire les groupes extrémistes, totalitaires et antidémocratiques à l'examen, à la critique et à d'éventuelles répressions gouvernementales, et plus généralement à résister, voire à faire reculer l' <<humanisme séculier>>, le libéralisme et le modernisme en Occident . " L'expert ajoute que le cas le plus marquant de ces organisations est peut-être CESNUR . Au lieu de défendre la liberté religieuse avec des arguments "libéraux" paradoxaux (puisque son directeur est un "activiste catholique de droite"), l'agenda "sub rosa" de ce centre est de lutter contre le sécularisme, peut-être sur ordre des cercles du Vatican. Il écrit cela dans un texte fondamental sur "le terrorisme d'État, les armes de destruction massive, l'extrémisme religieux et le crime organisé." Je pense personnellement que le rôle du CESNUR n'est pas exclusivement destiné à favoriser les cercles conservateurs du Vatican. L'enchevêtrement inextricable qui voit le CESNUR lié à diverses organisations de défense des droits civiques, aux représentants des sectes elles-mêmes et à des secteurs de l'administration américaine, permet de penser que le CESNUR est également fonctionnel aux activités de "soft power" des États-Unis qui utilisent la liberté religieuse comme un "instrumentum regni", c'est-à-dire à des fins géopolitiques. Les contacts mutuels entre ces institutions sont si étroits qu'il n'y a guère plus de deux nœuds entre elles. Souvent, il y a même un chevauchement complet. Prenons l'exemple des organisations de militants pour la défense de la liberté religieuse. Parmi les associations fondatrices de la European Federation for Freedom of Belief (FOB) figurent diverses sectes controversées - par exemple Soteria International , liée à la MISA Yoga du gourou sexuel controversé Gregorian Bivolaru (recherché par Europol) - mais surtout, parmi ses principaux représentants figure un haut responsable de la Scientologie . Un représentant de la Scientologie est également président de la Coordination des Associations et des Particuliers pour la Liberté de Conscience” (CAP LC) . Il est lui-même membre de la FOB . Le comité scientifique de la FOB comprend l' épouse du directeur du CESNUR , un centre d'études qui ne devrait pas jouer un rôle "militant" dans ce scénario. Le comité consultatif du FOB comprend également un leader du catholicisme traditionaliste italien, Marco Respinti . Il est membre d'Alleanza Cattolica, l'organisation dont Massimo Introvigne était le vice-régent. Respinti est également rédacteur en chef de Bitter Winter , le magazine du CESNUR, et du CESNUR Journal . Il est également senior fellow du Russell Kirk Center , une organisation dédiée à la promotion du conservatisme traditionaliste. Des personnalités du monde néo-conservateur de la politique américaine sont souvent présentes aux conférences sur la liberté religieuse organisées par ces organisations. Un exemple récent est la conférence de la Universal Peace Federation (une émanation de l' Eglise de l'Unification du révérend Moon) à Sėoul le 16 décembre 2022. FOB publie des articles dans Bitter Winter , un magazine sur la liberté religieuse en Chine publié par le CESNUR, et le département d'État américain admet librement dans son rapport sur la liberté religieuse 2021 qu'une grande partie des informations sur la persécution en Chine provient du magazine Turin . Je le répète : ce n'est pas un conseil consultatif gouvernemental comme l'USCIRF, mais même le Département, dont les documents représentent la position officielle des États-Unis, qui produit un rapport public contenant des informations sur la Chine censées guider la politique américaine avec des informations fournies par un magazine publié par une organisation à but non lucratif de Turin...
Le rôle anti-Chinois de Bitter Winter ( la même que l 'ONG Safeguard Defenders , dont le fondateur est lié à Epoch Times ) est extrêmement important dans tout cela, mais cela nous mènerait trop loin. Vous le lirez plus tard.

Savant est qui est considéré comme tel avec succès
Luigi Corvaglia Le plus grand ennemi de la connaissance n'est pas l'ignorance, mais l'illusion de la connaissance S. Hawkings Il est tellement long que le Dr Raffaella Di Marzio exprime le même concept qu’il est approprié de parler de réitération. Il est clair que l’insistance sur un concept solitaire n’est pas nécessairement un signe de pénurie d’autres idées; elle peut même être un signe de cohérence et de confiance inébranlable dans cette conception isolée. Vu comme ça, on ne peut qu’accorder ° la Dr Di Marzio une grande fidélité à son idée. Ce qui nous laisse perplexes, c’est que l’idée est fausse. Je me rends compte que le jugement est tranchant et qu’il dénote un niveau de conviction au moins égal à celui de Di Marzio dans son idée, mais où l’objectivité entre n’est pas qu’il reste trop de place pour l’opinion personnelle. L’idée que la directrice de LIREC proclame en faisant appel au sociologue pas coupable H. S. Becker est que les "sectes", c’est-à-dire les groupes abuseurs, ne sont pas une réalité objective, mais une construction sociale, une déviance inventée, un produit de la "stigmatisation" créée par "entrepreneurs moraux". La chercheuse fait entrer ce concept dans la " théorie de l’étiquetage " (labelling theory) qui, en fait, est étroitement liée au pauvre Becker. Ce qui est singulier, c’est l’interprétation qu’elle en fait. Il est évident que l’experte se réfère à la sentence célèbre exprimée à la page 9 de Outsiders dans laquelle Becker dit "est déviant ce que l’on appelle tel avec succès", un slogan qui, transposé au domaine auquel la chercheuse la force joue "est secte ce qu’on appelle avec succès". Si ce n’était pas le cas, aucun groupe ne serait une secte. J’ignore où la chercheuse a étudié la théorie de l’étiquetage en l’interprétant comme celle qui postule que la déviance n’est qu’un fait nominaliste, de "l'étiquetage" précisément. Bien sûr, si elle s’était présentée pour exposer ce concept lors d’une des sessions de criminologie où j’étais engagé dans le rôle de membre galeux de la commission, elle ne serait pas rentrée chez elle avec un nouvel examen transcrit sur le livret. Je dirais qu’il est temps de commencer à faire un peu de clarté, du moins ce qui serait utile pour faire une figure digne dans des environnements moyennement sophistiqués. Tout d’abord, la théorie de l’étiquetage, généralement liée au nom de Becker (qui, cependant, ne voulait pas y être lié) est la version extrême de l’approche interactionnaire (qui est de Edwin Lemert , puisque nous aimons faire les références professorales). Cette lecture a élargi le regard des caractéristiques intrinsèques du déviant à la réaction sociale à ses actes. Qu’est-ce que cela signifie? Simplement que la stigmatisation qui frappe l’auteur d’un premier acte occasionnel objet de censure (déviance primaire) l’incitera à poursuivre la carrière de déviant (déviance secondaire) en raison de l’acquisition de l’identité déviante. Or, s’il y a quelque chose qui ne se passe PAS dans les groupes abusifs, c’est bien l’adaptation de son identité au label social! Bref, s’il existe une théorie sociologique qui est la moins apte à expliquer le phénomène, c’est bien celle de l’étiquetage ! Becker n’a fait qu’exacerber ce réductionnisme en soulignant la relativité des normes qui définissent la déviance. Deuxièmement, il me semble que le docteur Di Marzio confond deux aspects. Pour l’un d’eux, je suppose la bonne foi. En effet, c’est seulement parce qu’elle ignore la théorie - sauf que pour la Loi, l’ignorance est toujours une excuse valable - que notre experte imagine que l’étiquetage se réfère à la simple création d’une définition péjorative et que cela déclenche la censure sociale (en pratique, le processus inverse à celui postulé par Lemert). Attention, dire que le terme "secte" est une étiquette péjorative, qui est inadéquate dans le domaine scientifique est juste. En ce sens, il est vrai que "la secte est ce que l’on appelle avec succès". La Di Marzio a raison. En fait, la définition peut s’élargir et se resserrer comme un accordéon, selon qui nous donne le plus d’ennui. C’est là qu’il devient important d’introduire le deuxième aspect de confusion produit par l’experte, celui pour lequel je ne crois pas en la bonne foi. Il s’agit de la confusion entre le niveau de la "forme" (le culte minoritaire) et celui du "contenu" (les comportements abusifs). Le docteur les mélange pour créer un artefact logique. On fait passer l’idée que la fameuse "déviance" socialement construite, objet de la censure, est le simple fait de se constituer comme groupes minoritaires, de "dévier" de la norme. Bien sûr, c’est faux. La majorité des cultes minoritaires ne présente aucun intérêt pour ceux qui se soucient de la sauvegarde des droits individuels. En réalité, il suffit d’utiliser des mots plus stricts, c’est-à-dire qu’ils séparent les deux plans, pour que le sophisme nominal tombe. Aucune personne honnête ne pourra jamais dire "une secte abusive est ce qu'on appelle un tel succès". L'abus et l'exploitation sont des données objectives qui existent ou n'existent pas indépendamment de la réaction sociale. Le nier serait le signe d'un qualunquisme et d'un subjectivisme peu compatibles avec l'horizon religieux dans lequel s'inscrivent les études de notre auteur. Il est intéressant de noter que la position de ceux qui expriment idées apologétiques préjudicielles à l'égard des cultes minoritaires s'avère être une sorte de "echec et mat". En effet, si l'on est objectiviste et que l'on ne considère pas les abus comme des constructions sociales, fruit de la "création de la déviance" (Becker n’y croyait pas non plus), on est obligé d’admettre l’existence de cultes abusifs; Si au contraire on est partisan d’un relativisme radical comme celui qui vient d’être discuté, on réalise un formidable boomerang intellectuel. En effet, une lecture sceptique qui réduit les faits à la pure apparence, aux fruits de jeux sémantiques et d’attributions sans base concrète, entraîne la suspension du jugement, non seulement sur les cultes, protégés par une nuit où toutes les vaches sont noires, mais sur les abus eux-mêmes. On finit ainsi par aboutir à un indifférentisme exaspéré qui, au lieu de défendre les cultes inoffensifs contre la persécution, comporte le dédouanement des cultes criminels et des abus qui s’y commettent. En d’autres termes, le viol est ce que l’on appelle avec succès. Il est clair que personne ne veut dire que la chercheuse catholique entend dédouaner les abus et le harcèlement, elle nous manquerait, mais elle pourrait ne pas être consciente de l’endroit où finissent les voies de fuite logiques produites par sentences à effet et décontextualisées. C’est seulement à cause de ce que nous entendons suggérer à la Dr Di Marzio de fournir bientôt une compagnie à son idée solitaire.

Vertus privées et vices publics d’un apologiste de sectes
Luigi Corvaglia Dans un village, il n'y a qu'un seul barbier, un homme bien rasé. Devant sa boutique, une pancarte indique : "Je rase tous ceux, et seulement ceux, qui ne se rasent pas eux-mêmes". La question qui se pose alors est la suivante : qui rase le barbier ? Ce dilemme vient du fait que les catégories "hommes qui se rasent" et "hommes qui ne se rasent pas" s'excluent mutuellement, le barbier n'entrant dans aucune des deux catégories. Il se trouve que j'ai pensé à cette célèbre antinomie, connue sous le nom de "paradoxe de Russell", lorsque je suis tombé sur certaines manifestations de la pensée de Massimo Introvigne, le spécialiste des "nouveaux mouvements religieux". En effet, on le voit souvent se manifester comme le barbier impossible supposé par Russell, mais au lieu de ne pas trouver d’asile dans une classe , il prétend être dans deux classes mutuellement exclusives en même temps. En fait, Introvigne est connu du grand public comme un défenseur des "nouveaux mouvements religieux", dont la plupart sont très éloignés des dogmes du catholicisme. Néanmoins, son adhésion à une vision assez rigide de l'Eglise de Rome échappe à la plupart des gens. L'universitaire parvient ainsi à se présenter comme "libéral" et œcuménique, alors même que la version du catholicisme qu'il embrasse se caractérise par son hostilité au pluralisme. Le système qu’il adopte pour éviter que l’alarme donnée pour défendre la "loi de non-contradiction" ne sonne est de placer les termes antinomiques sur deux plans différents. Par exemple, au cours d’un débat en ligne, le chercheur défendait les écoles de sexe tantrique en posant au soussigné la question provocante de savoir s’il fallait "empêcher les femmes adultes consentantes de faire les expériences sexuelles qu’elles préfèrent". La réponse était évidemment négative et, avec une provocation spéculaire, j'ai manifesté mon plaisir à l'égard de sa position, qui témoignait d'une ouverture d'esprit difficile à imaginer chez quelqu'un qui avait été "Reggente Vicario" (chef vicaire) de l'" Alleanza Cattolica " (alliance catholique) pendant trente ans. Son commentaire était que, la morale catholique étant différente de l'hindouisme, un prêtre ferait bien de dire aux fidèles de ne pas fréquenter les écoles tantriques, mais qu'il "outrepasserait sa fonction s'il prétendait que son conseil devienne la loi de l'État". Comme pour dire que la foi est une affaire privée qui ne doit pas prétendre s'immiscer dans les affaires publiques. Excellent ! Y a-t-il une déclaration qui puisse satisfaire davantage un laïc comme moi ? Non, il n'y en a pas. On ne peut que se sentir en phase avec la personne qui la fait. Il y a cependant un petit problème : nous n'avons pas ici une société laïque qui respecte en son sein toutes les croyances et tous les rites, même s'ils sont hostiles à la laïcité elle-même. Non, notre homme est à la fois laïc et négateur de la laïcité, mais à des niveaux différents, le public et le privé. Il prétend les séparer sur la base d'une logique "libérale" louable, qu'il nie pourtant sur l'un des deux plans. Un "court-circuit mental" qui ne peut être résolu, je le crains, que par une dissociation psychologique. En fait, même si certains peuvent voir un effort louable d'équilibre dans la position antinomique d'Introvigne, nous devons garder à l'esprit que la logique qui sous-tend Alleanza Cattolica ne permet pas d'actes d'équilibre. Il s'agit en fait d'une volonté de "reductio ad unum" (réduction à l'unité), c'est-à-dire de restauration de la société "traditionnelle" qui ne laisse aucune place à autre chose. Dans la théorie des jeux, un jeu à somme nulle est défini comme un jeu dans lequel ce qu'un joueur gagne, l'autre le perd, comme dans le cas des guerres de conquête de territoires. Or, l'Introvigne privé, le religieux, est un joueur "à somme nulle", car l'existence d'autres "Vérités" lui vole du terrain, tandis que l'Introvigne public, le laïque, est un joueur "à somme non nulle", car il ne se sent pas lésé par la coexistence d'autres cultes. Le premier est l'expression d'une partie qui veut se faire tout entière et qui ne peut admettre qu'aucune autre partie ne vienne éroder sa totalité. La seconde est celle qui érode la totalité de la première. En fait, bien que les deux prétendent jouer selon des règles différentes, le "jeu" est le même ! C'est celui de l'œcuménisme. Les deux ne peuvent coexister. Il est vrai aussi que depuis quelque temps, il prend des positions qui déplaisent au monde du traditionalisme catholique en défendant le pontificat "progressiste" tant décrié de Bergoglio, mais cela, plutôt que le signe d'un changement de point de vue, nous semble être la confirmation de la même ambiguïté indéchiffrable. La preuve en est que lorsqu'il ne traite pas de la question des mouvements minoritaires, Introvigne s'avère tenir fermement le cap traditionnel. Un bon exemple de la boussole encore utilisée par Introvigne se trouve dans le livre qu'il a co-écrit avec Giovanni Serpelloni et Alfredo Mantovano : Libertà dalla droga. Diritto, scienza, sociological ("Libération de la drogue. Droit, science, sociologie", Sugarco, Milan, 2015). Dans son chapitre, il écrit que les drogues sont le symbole de la "révolution anthropologique" de 1968 (p. 111). Cette référence renvoie à la vision de Plinio Corrêa de Oliveira selon laquelle la "déchristianisation" de l'Europe est l'aboutissement d'un processus de "Révolution" progressive, articulé en plusieurs phases, dont celle de 68 est la quatrième et dernière. Cette quatrième phase aurait été précédée par la révolution communiste, elle-même précédée par la révolution des Lumières. Les lecteurs qui ne connaissent pas la pensée de de Oliveira, l'homme au magistère contre-révolutionnaire duquel Alleanza Cattolica a toujours fait explicitement référence, pourraient être surpris d'apprendre que la première révolution anti-chrétienne a été identifiée par lui dans la Réforme protestante. Il est donc assez singulier que ceux qui voient même dans l'avènement du protestantisme la première des "catastrophes" qui marquent "l'avancée d'un processus historique dans lequel l'impiété, l'immoralité et l'anarchie s'emparent de l'univers" puissent se présenter comme les défenseurs œcuméniques des "nouveaux" mouvements religieux les plus éloignés du catholicisme, ou qu'ils se posent en champions de la liberté et des droits nés avec les Lumières (c'est-à-dire avec la "seconde révolution"...). L'idée qu'un plan supérieur (public) de la laïcité puisse inclure le plan (privé) qui la nie, sous peine de dissolution de ce dernier, est aussi bizarre qu'audacieuse. C'est pourquoi il nous semble que l'estimé auteur est un personnage impossible - tout comme le barbier de Russell.

Notes de géopolitique des "sectes". Septième épisode: Inception
Luigi Corvaglia Prologue En mai 2019, alors que moi et mes collègues du Centre d’études sur les abus psychologiques (CeSAP) étions engagés dans un congrès dans le centre de Turin, une autre manifestation a eu lieu non loin de là. En effet, le CESNUR procédait à la remise des prix FIRMA ( Festival International des religions, musique et arts ) au Salon du Livre. Ce prix est destiné à ceux qui se sont distingués dans la promotion de la paix à travers le dialogue interreligieux. Dans cette édition étaient récompensés, entre autres, Marco Respinti , le directeur de Bitter Winter (qui, il faut le dire, "jouait à domicile", étant membre du CESNUR lui-même), l’apôtre Naasón Joaquin Garcia , chef de l’Eglise Luz del Mundo , et Greg Mitchell , fondateur de l’ International Religious Freedom Roundtable . À titre de note de couleur, il faut dire qu’un couple de semaines après avoir reçu le prix de défenseur des droits de l’homme et auteur d’œuvres de charité, Naasón Joaquin Garcia a été arrêté à Los Angeles avec 26 chefs d’accusation, dont le trafic d’êtres humains, production de matériel pédopornographique et viol d’enfants . Le procès s’est terminé par l’accord de l’apôtre et sa condamnation à 17 ans de prison . Bien qu’un personnage aussi pittoresque que l’apôtre mexicain puisse lui voler la vedette avec des coups de théâtre du genre, non sans ironie, à mériter plus que notre attention doit être le gagnant américain du prix, Greg Mitchell . Nous l’avons déjà rencontré. C’est le lobbyiste principal de la Scientologie ( deuxième épisode ). Non seulement l’activité de ce fidèle de la holding religieuse américaine est régulièrement rapportée sur les sites institutionnels, mais Mitchell lui-même a déclaré dans une interview à Business Insider, que la pression de l’Église sur le gouvernement américain n’est pas actuellement dirigée vers la promotion de la Scientologie, mais vers la "liberté religieuse". Ce travail " implique souvent la collaboration avec d’autres organisations religieuses pour encourager les États-Unis à faire pression sur les pays étrangers qui persécutent les groupes religieux ". De même, l’acteur Tom Cruise , qui est l’ambassadeur de Scientologie pour l’Europe, a écrit expressément au Conseil d’État américain en 2003 : J’apprécie l’aide précieuse que le département d’État a apportée aux membres de mon Église pour la protection de leurs droits, surtout en Europe. Enfin, je planifie un voyage en Europe en janvier pour promouvoir mon prochain film et je prévois de rencontrer à nouveau nos ambassadeurs en France, Allemagne et peut-être en Belgique pour travailler avec eux sur la pression de ces citoyens pour un plus grand dialogue et une action pour résoudre ces questions [...] cette situation n’est pas du tout une activité publicitaire pour moi. C’est une question importante et personnelle, c’est pourquoi je m’adresse à mon gouvernement... Voilà. Celle de la pression sur d’autres pays - mieux vaut ne pas "alignés" - en raison d’ingérences ou de limitations réelles ou présumées de ceux-ci dans les questions religieuses n’est donc pas une déduction fondée sur des indices, mais une intention déclarée poursuivie par une variété d’acteurs qui, même avec des motivations différentes, ils trouvent cette action congruente. Une confluence d’intérêts bien que théoriquement conflictuels. Voilà que des fondamentalistes chrétiens trouvent utile la défense de cultes très éloignés du christianisme. Un exemple de cette convergence se trouve dans l’article publié par la European Federation for Freedom of Belief (FOB) cité dans le premier épisode de ce reportage. Cela exigeait l’élargissement des pays figurant sur la liste de surveillance de la US Commission for International Religious Freedom (USCIRF) à tous ceux dans lesquels opéraient des associations ou des individus appartenant à la Fédération anti-sectes FECRIS . Ces pays viendraient s’ajouter aux pays "traditionnels", comme la France, la Russie et la Chine. En ce qui concerne la Russie, qui a fait l’objet du quatrième épisode, le rôle de la Scientologie, qui a été interdite dans ce pays, dans l’activation de la campagne qui a atteint les sommets du grotesque que nous avons décrit, pourrait avoir été considérable. En fait, en 2012, Mitchell a pris deux paiements de 20000 dollars chacun de la Scientologie pour faire pression sur le Bureau de la Maison Blanche, le Département d’État, le Département de la Justice et d’autres bureaux pour un engagement américain plus fort sur les "restrictions croissantes de la Russie... qui contribuent à une atmosphère d’intolérance et de discrimination contre les communautés religieuses et leurs membres individuels". Sur la question russe, Mitchell a fait circuler une lettre signée par "35 organisations religieuses et pour les droits de l’homme", y compris l’Église de Scientology elle-même, exprimant ses préoccupations à propos de la situation. Ces groupes sont censés être membres d’une organisation "informelle" appelée International Religious Freedom Roundtable , co-présidée par Mitchell lui-même. L’autre co-président est Chris Seiple . Il est le fils d’une personne déjà rencontrée, c’est-à-dire du premier président de l’ Office of International Religious Freedom (OIRF) ! (voir le premier épisode ). Actuellement, Seiple est également directeur de l’ Institute for Global Engagement (IGE) , appelé "a think- and do-tank qui opère à l’intersection de la religion, de la realpolitik et de la réconciliation". Cet ancien marine évangélique conservateur a également été consultant auprès de la secrétaire d’État américaine, coprésidant le groupe de travail sur la religion et la politique étrangère, dont les recommandations ont conduit à la création de l’ Office of Religion and Global Affairs . Il y a donc une connexion très étroite entre l’administration américaine et la Scientologie. La boucle est bouclée. Beaucoup de politiciens influents aux États-Unis ont été engagés par la Scientology. Pour certains d’entre eux, une dépendance peut être démontrée à cause des dons faits par les scientologues pour la campagne électorale. Sur le web, vous pouvez trouver une liste obsolète . La question est : "S’il est clair pourquoi la Scientologie a besoin de l’État, pourquoi l’État a-t-il besoin de la Scientologie ? Hétérogenèse des fins En 2019, le groupe de façade de la Scientology Fundación pour la Mejora de la Vida, la Culture et la Sociedad a reçu le statut consultatif spécial des Nations Unies . La fondation est dirigée par Ivan Arjona Pelado , un membre senior des services de renseignement de l’église, l’ Office for Special Affairs (OSA) . Ce statut améliorera la capacité de la Scientologie à communiquer avec les Nations Unies et lui permettra également d’organiser des conférences sous l’égide de l’ONU, attirant de nouveaux alliés politiques du monde entier. L’année précédente, Ivan Pelado, Greg Mitchell et Eric Roux , figure phare de la Scientologie en Europe et chef de l’OSA, ont participé à un sommet sur la liberté religieuse à Bruxelles organisé par l’ ACRE , l’Alliance des conservateurs et réformistes en Europe. Il s’agit d’un groupe politique eurosceptique au Parlement européen. Les participants les plus prestigieux étaient Ahmed Shaheed , rapporteur spécial sur les droits de l’homme au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, et Sam Brownback , ancien gouverneur du Kansas et, jusqu’à l’élection de Biden, ambassadeur des États-Unis pour la liberté religieuse internationale. Le bureau de Brownback a publié le rapport annuel du département d’État sur la liberté religieuse internationale . Brownback a été élu ambassadeur de la liberté religieuse internationale en 2018 par l’ USCIRF . Parmi les autres intervenants figuraient Willy Fautrè , le président de Human Rights Without Frontiers (HRWF) , le gars qui m’a volé ma place dans la file à l’OSCE ( deuxième épisode ) et Patricia Duval , une avocate française qui manque rarement dans les panels de Scientology et qui figure au comité scientifique de la Fédération européenne pour la liberté de Belief (FOB) et qui est l’une des contributrices de Bitter Winter et du Journal of CESNUR . Il y avait aussi Bashy Quraishy , de l’EMISCO, une association qui combat les préjugés anti-islamiques mais qui mène curieusement une bataille contre le mouvement anti-sectaire. J’étais personnellement présent à Copenhague en 2013 lorsqu’il a infiltré le congrès FECRIS en se faisant passer pour un journaliste accrédité. Il commença à demander au président pourquoi la FECRIS recréait l’Inquisition. Reconnu, il fut chassé. Un groupe de scientologues l’attendait en bas. Le lendemain, il a affirmé à sa télévision privée qu’il avait été battu par la FECRIS. Les intrigues et les plans sont aussi complexes que dans un film de Christopher Nolan. Un autre domaine impliqué dans ce thème, en effet, est celui du monde des associations "christianistes" (terme utilisé pour définir l’utilisation du christianisme à des fins politiques) et pro-marché dont le prototype est l’ Acton Institute , fondé en 1990 par Robert Sirico et Betsy DeVos . Le premier est un prêtre catholique adepte de l’ anarcocapitalisme , déjà pentecôtiste, qui a dans son histoire l’arrestation pour avoir organisé en 1976 une vente aux enchères d’esclaves masculins trouvés nus avec attirail sado-maso dans un club de Los Angeles. La seconde, la DeVos , appartient à la famille propriétaire de l' Amway . Cette dernière organisation, et d’autres qui y sont liées, financent l’Acton Institute, qui, entre autres, est basé dans la même ville qu’Amway, Grand Rapids dans le Michigan. Amway est une multinationale de vente à plusieurs niveaux (Multi Level Marketing, MLM) de savons et détergents divers dont les dirigeants sont des militants évangéliques étroitement liés à la Droite économique, politique et militaire américaine et qui affirment parler directement avec Dieu . De nombreux distributeurs d’Amway sont des scientologues (également en Italie). En Amérique, on dit souvent "Amway is much like Scientology, but with soap". Cette multinationale du système de vente pyramidal fait à son tour partie d’un énorme réseau d’organisations christ-libérales appelé Atlas Network et contrôlé par l’ Atlas Institute qui fait explicitement référence à la pensée d’ Ayn Rand . C’était une penseuse qui exaltait les vertus de l’égoïsme et du capitalisme, et l’auteur du roman "superominista" Atlas Shrugged, d’où le nom adopté par l’Institut. Ayn Rand est une source d’inspiration d’une partie de la pensée libertarienne . Beaucoup, cependant, ne se reconnaissent pas dans son manque absolu de piété et de charité envers le prochain. En effet, Rand considérait "immoral" l’altruisme. Peu chrétiennement, le personnage de référence de la galaxie de ces associations chrétiennes pensait que se sacrifier pour les autres était injuste et immoral. En 1992, grâce à l’archevêque vietnamien François X. Nguyen Van Thuan, Président du Conseil pontifical Justice et Paix, Sirico accède au Vatican. En 2004, il est même apparu parmi les éditeurs du Compendium de la doctrine sociale de l’Église , la même doctrine que Siricus, en tant que libéral effréné, a combattue toute sa vie. En 2001, Robert Sirico avait été parmi les signataires en Italie d’un Manifeste en faveur de la mondialisation capitaliste avec Michael Novak , maxime théorique des théocons, et une grande partie de la direction d’ Alleanza Cattolica , l’organisation dont il a été Régent Vicaire, Massimo Introvigne , fondateur du CESNUR et directeur de la revue Bitter Winter ( centrée sur les persécutions chinoises des minorités religieuses ). Des composantes des structures gouvernementales américaines vouées à la défense du pluralisme religieux ont été ou sont encore des représentants importants des organisations affiliées à la constellation d’ Amway et d’ Atlas Network . En ne prenant que l’ USCIRF , la commission bipartisane sur la liberté religieuse internationale qui a rédigé le rapport d’où est parti notre voyage dans la géopolitique des cultes (c’est-à-dire le rapport qui demandait à Trump d’entraver mon travail à l’OSCE ) On trouve des représentants de la Federalist Society (comme Leonard Leo , président de USCIRF en 2009), de l’ American Enterprise Institute (comme John R. Bolton, ancien commissaire) ou d’organisations connexes, comme l’ Hudson Institute (c’est le cas de Nury Turkel , commissaire). En 2018, l’USCIRF a confirmé le sénateur ambassadeur de la liberté religieuse Sam Brownback, que nous avons rencontré tout à l’heure parmi les rapporteurs du congrès de Bruxelles avec la scientologie et les politiciens eurosceptiques. Sa campagne électorale au Kansas a été financée par Koch Industries , membre des fondateurs de l’organisation anarcho-capitaliste liée à Amway, Americans for Prosperity . Lee Fang écrit : L’histoire de l’Atlas Network et de son impact profond sur l’idéologie et le pouvoir politique n’a jamais été entièrement racontée. Pourtant, les documents commerciaux et les enregistrements de trois continents, ainsi que les interviews avec les dirigeants libertaires de tout l’hémisphère, révèlent l’étendue de son histoire influente. Le réseau libertaire, qui a remodelé le pouvoir politique dans un pays après l’autre, a également agi comme une extension silencieuse de la politique étrangère des États-Unis, avec les think tanks associés à Atlas qui reçoivent des financements silencieux du Département d’État et du National Endowment for Democracy, un bras essentiel du soft power américain . (mon gras, texte ici ) Pour comprendre qu’entre les fondations et les think tanks conservateurs et les organisations de cultes et leurs apologistes il n’y a pas seulement une appréciation réciproque, il suffit de penser au réseau qui voyait au centre le défunt Paul Weyrich . Celui-ci a fondé la Heritage Foundation et la Free Congress Foundation , dont il a été président, et l’ American Legislative Exchange Council (ALEC) , décrite comme "la plus grande organisation bipartite de législateurs dédiée aux principes du gouvernement limité, du libre marché et du fédéralisme". Surtout, Weyrich fut parmi les fondateurs et l’un des membres les plus éminents du Council for National Policy (CNP) . Il s’agit d’une organisation secrète qui a été décrite par le New York Times comme "un club peu connu de quelques centaines des plus puissants conservateurs du pays", qui se réunissent trois fois par an, à huis clos, dans des lieux non révélés pour une conférence confidentielle. Weyrich et d’autres memebris de CNP collaboraient activement avec la Tradition, la Famille et la Propriété (TFP) de Pline d’Oliveira . Sur la couverture de l’édition américaine du livre de de Oliveira Nobility and Analogous Traditional Elites in the Allocutions of Pius XII, de 1993, apparaissent les critiques extrêmement positives de deux membres du Council for National Policy. L’une est du même Weyrich, l’autre de Morton C. Blackwell . La Citizens Commission for Human Rights (CCDH) , groupe de façade bien connu de la Scientology , a financé l’ American Legislative Exchange Council (ALEC) de Paul Weyrich, selon une lettre de Carol Steinke, Memebro du conseil de la CCHR. Une branche de l’American Legislative Exchange Council (ALEC) de Paul Weyrich a également récompensé l’ épouse de Sun Myung Moon , chef de l’ Église de l’Unification , Hak Ja Han Moon. Le prix a été remis par Robin Brunelli, président de la National Foundation for Women Legislators et épouse de Sam Brunelli, directeur de l’ALEC et membre de longue date du CNP. Toujours les mêmes tours. Pour plus d’informations, les liens étroits entre le Council for National Policy (CNP) et l’Église de l’unification du révérend Sun Myung Moon ont été longuement discutés lors d’une interview radiophonique de Kelleigh Nelson à Chey Simonton . En 1995, la Citizens Commission for Human Rights (CCDH) propose aux parents de signer un engagement pour éliminer la psychologie dans les écoles publiques. Cette demande a été fortement soutenue par des organisations membres du CNP telles que le Family Research Council , Eagle Forum , Concerned Women , etc. Le cadre général En définitive, nous nous trouvons maintenant à contempler ce scénario : le front de "défense de la liberté religieuse" est composé d’un enchevêtrement difficile à démêler d’entités. Elles peuvent être subdivisées en Gouvernementaux (comme les trois gouvernements américains ) - groupes de pression non gouvernementaux mais actifs dans les enceintes internationales telles que l’OSCE et le Conseil de l’Europe (comme la Human Rights Without Frontiers - HRWF , la European Federation for Freedom of Belief - FOB et Coordination des associations et des particuliers pour la liberté de - CAP LC ). Nous pouvons les appeler des associations de "lobbying"; - groupes "christianistes" orientés vers le conservatisme politique et économique ( Atlas Institute , Amway , Acton , etc.). ; - un centre d’études ( CESNUR ) - un magazine ( Bitter Winter ) et - divers cultes (en particulier la Scientologie ). Les contacts mutuels entre ces entités sont si étroits qu’il est difficile de dépasser les deux nœuds intermédiaires entre un nœud du réseau et un autre. Il y a souvent des chevauchements complets. Pour prendre des exemples, regardons les organisations militantes contre le mouvement anti-sectes. Parmi les associations fondatrices de FOB il y a plusieurs cultes controversés - par exemple, il y a Soteria International , liée à MISA Yoga , du controversé gourou du sexe, Gregorian Bivolaru (recherché par Europol) Mais surtout, parmi ses plus grandes personnalités, il y a un haut responsable de la Scientologie . Cela vaut également pour CAP LC . À leur tour, les composants de CAP LC sont également membres de FOB . Dans le comité scientifique de FOB siège l’épouse du directeur du CESNUR , qui par contre est un centre d’études qui ne devrait pas avoir un rôle d'"activiste" dans ce screenplay. Le comité consultatif, toujours de FOB, comprend également un haut responsable du catholicisme italien traditionaliste, Marco Re spinti . Il est membre de l’Alliance catholique, l’organisation dont il a été Régent Vicaire Massimo Introvigne. Il est également directeur responsable de Bitter Winter, la revue du CESNUR, ainsi que du CESNUR Journal. Il est également membre senior du Russell Kirk Center , un organisme dévoué à la promotion du conservatisme traditionaliste . Nous sommes toujours dans cette zone culturelle qui est appréciée par de nombreux commissaires gouvernementaux et membres des associations "christianistes". FOB publie les articles de Bitter Winter et le Département d’État américain , dans son rapport 2021 sur la liberté religieuse admet candidement que la plupart des informations sur les persécutions en Chine sont fournies par le magazine turinois. Je répète : pas une commission consultative du gouvernement comme l’USCIRF, mais même le département dont les documents représentent la position officielle des États-Unis, fait un rapport public contenant des informations sur la Chine, qui devrait guider les politiques américaines, avec des informations fournies par un magazine publié par une organisation à but non lucratif de Turin. Son directeur, à juste titre, s’en vante en écrivant : Les lecteurs de Bitter Winter nous pardonneront de mentionner que, dans la section sur la Chine, Bitter Winter reste, comme dans le rapport de l’année dernière, la source la plus citée. Nous avons été cités 74 fois en 2020. Les citations sont devenues 85 en 2021. Canis canem non est Maintenant, nous avons clairement dit que 1. Les associations "christianistes" pro-marché ( Atlas Institute , Amway , Acton Institute , Federalist Society , etc.), les commissions gouvernementales pour la liberté religieuse et le Département d’Etat US peuvent se définir très proches (voir ci-dessus et aussi le troisième épisode ). Il suffit de penser que Sam Brownback , ancien gouverneur du Kansas et ambassadeur des États-Unis pour la liberté religieuse internationale (élu par l’USCIRF), président de l’ International Freedom Summit 2022 , est proche du monde Amway et dirige le bureau qui publie le rapport annuel du Département d’État sur la liberté religieuse internationale (celui qui cite la revue du CESNUR comme source). 2. Les liens entre la Scientologie et certains secteurs de l’administration des États-Unis sont plus qu’une intuition et plus de preuves à cet égard ont émergé (voir le deuxième épisode et celui-ci); 3. La Scientologie et d’autres groupes sont liés à diverses organisations de "lobbying" ( FOB , HRWF , CAP LC , voir les deuxième et cinquième parties); 4. La liberté religieuse a toujours été utilisée comme instrument géopolitique dans une optique de soft power (voir sixième épisode ). Chacun peut tirer ses propres conclusions. Jeffrey M. Bale , du Middlebury Institute of International Studies, probablement le plus grand expert international en extrémisme politique et religieux, terrorisme, guerre non conventionnelle et opérations politiques secrètes, n’hésite pas à écrire dans le deuxième volume de The Darkest Side of Politics , que dans la guerre non conventionnelle jouent un rôle des organisations qui promeuvent " des agendas politiques et religieux qui, au nom des libertés religieuses et démocratiques, visent en réalité à défendre des groupes extrémistes, totalitaires et anti-démocratiques contre les enquêtes, les critiques et les éventuelles répressions étatiques et, plus généralement, à résister ou même à repousser l’humanisme laïque, le libéralisme et le modernisme en Occident ". L’expert ajoute à cela que peut-être le cas le plus important de ces organisations est le CESNUR . L’agenda "sub rosa" de ce centre, plutôt que de défendre la liberté de culte avec des arguments paradoxaux "libéraux" (son directeur étant un "right wing Catholic activist") serait de mener une campagne contre la laïcité, Peut-être sur mandat des milieux du Vatican. Il écrit cela dans un texte fondamental sur "le terrorisme d’État, les armes de destruction massive, l’extrémisme religieux et le crime organisé". En vérité, ce fut Introvigne lui-même qui affirma dans un petit volume de 1993 que " des militants d’Alleanza Cattolica, avec d’autres, ont fondé et animent encore le CESNUR [...] comme "réponse apologétique, qui ne néglige jamais de remonter au cadre plus large de la lutte dramatique entre évangélisation et anti-évangélisation, donc, dans le langage de l’école catholique contre-révolutionnaire à laquelle Alleanza Cattolica s’inspire le plus particulièrement, entre Révolution et Contre-Révolution ". Pour ce que nous avons appelé "l’hétérogenèse des fins", les objectifs de ces organisations, ceux de groupes comme la Scientology, ceux des organes gouvernementaux américains et ceux des associations néo-cons, convergent, même s’ils naissent de besoins différents. Par exemple, il n’est pas nécessaire d’imaginer que le CESNUR soit une création de l' intelligence; néanmoins, la défense de tous les cultes dans lesquels ce centre d’études s’engage est certainement guidée par la constatation très simple que " canis canem non est " (chien ne mord pas chien) - c’est-à-dire qu’empêcher la lutte contre d’autres groupes "non traditionnels" permet la protection même des prétentions anti-modernes de sa propre partie - , mais cette défense préalable des autres "identités" spirituelles est parfaitement fonctionnelle au programme de soft power états-unien qui prévoit l’utilisation de la liberté religieuse comme instrument géopolitique. D’où l’étrange coalition dont il est question ici. Un exemple extraordinaire de la diversité des motivations des chrétiens radicaux pour promouvoir la liberté religieuse est donné par Gary North , fondateur de l’ Institute for Christian Economy ICE) , un autre think thank "libertaire" (il n’était pas nécessaire de le dire). North a dit : Nous devons utiliser la doctrine de la liberté religieuse pour obtenir l’indépendance des écoles chrétiennes jusqu’à former une génération de personnes qui sachent qu’il n’y a ni neutralité religieuse, ni loi neutre, ni éducation neutre, ni gouvernement civil neutre. Ils s’emploieront alors à construire un ordre social, politique et religieux fondé sur la Bible qui nie définitivement la liberté religieuse des ennemis de Dieu. ( ici ) Adam C. English suggère que cette citation implique que " la liberté religieuse est un outil utile pour les chrétiens dans le présent, mais qu’elle doit finalement être niée à toute personne qui n’est pas chrétienne une fois que les chrétiens seront au pouvoir ".( ici ) English soutient que, bien que cela puisse sembler incohérent (soutenir la liberté religieuse mais nier la réalité du concept), North et ses collègues reconstructionnistes entendent la "liberté" au sens théologique. Selon les reconstructionnistes, "quiconque est en dehors de la foi chrétienne est en esclavage", et donc "un gouvernement basé sur une théonomie rigoureuse n’est pas oppressif, mais libérateur". En d’autres termes, il existe de nombreuses voies convergentes qui conduisent les chrétiens fondamentalistes, voire théocratiques, à se ranger du côté de la liberté religieuse. Chacun a de bonnes raisons de participer à la grande opération d'influence en faveur de la liberté religieuse. Même au prix d’une alliance avec le diable. Dans "La Mafia des Sctes", Bruno Foucherau parle de financements de la CIA à l’Église de Moon et de cours de formation pour gourous gérés par la même Agence . Les rapports entre les services de sécurité états-uniens et les "sectes" ont en somme été soulignés à plusieurs reprises. En allant plus loin, nous pouvons dire que la sauvegarde du pluralisme religieux permet à certains États d’utiliser le non-respect de la liberté de culte pour maintenir sous pression internationale d’autres pays. Cela peut aussi signifier financer certains groupes, et pas seulement à des fins de polarisation sociale et de subversion. Par exemple, créer ex novo un culte dans un pays non influençable d’une autre manière peut garantir les efforts rétroactifs de ce gouvernement pour le supprimer, en permettant la mise en évidence du caractère totalitaire de ce pays. Les cultes liés au gouvernement en bénéficieraient également. Les relations économiques entre l’administration des États-Unis et le culte chinois du Falun Gong sont, par exemple, prouvées (voir le cinquième épisode ). Mais il y a un problème. En effet, ce qui se passe dans un pays fermé et antidémocratique, surtout s’il ne flatte pas le gouvernement, est très difficile à faire fuiter à l’étranger. Le fait est que la divulgation de ces nouvelles est fondamentale pour l’action d’influence internationale . Il faut donc un mégaphone international pour révéler ces faits. Dans le cas de Falun Gong, une grande partie de ce travail de diffusion des méfaits du Parti communiste chinois est faite par le quotidien du même culte, The Epoch Times . Quant à l’ Église du Dieu Tout-Puissant , les persécutions dont elle est victime sont connues en Occident grâce au magazine quotidien multilingue Bitter Winter , ce n’est pas par hasard source préférée de l’USCIRF et du Département d’État US sur les questions chinoises (voir ci-dessus). En fin de compte, après une lecture "synoptique" de Falun Gong et de l’Église du Dieu Tout-Puissant, Bitter Winter ressemble à une version de qualité de The Epoch Times. Ces remarques m'ont valu d'être défendu spontanément par la presse chinoise contre les attaques du monde des "apologistes de la secte". Cela m'a valu l'accusation notoire de collaborer à des meurtres, des tortures et des prélèvements d'organes. C’est mon bal et je le danse.

Notes de géopolitique des "sectes". Sixième épisode: Les Affranchis
Luigi Corvaglia Prologue Regardez bien cette photo. Elle a été prise à la réunion de l’OSCE à Varsovie. C’est une table à laquelle je siège chaque année. Au premier rang, à gauche, le délégué de la Scientologie , Ivan Arjona Pelado , à côté de lui Massimo Introvigne , le directeur du CESNUR et de Bitter Winter , puis Willy Fautrè de Human Rights Without Frontiers , en dernier lieu Alessandro Amicarelli de la European Federation for Freedom of Belief (FOB). Au second rang, derrière le représentant de Scientology, Christine Mirre , vice-président de Coordination des Associations et des Particuliers pour la Liberté de Conscience (CAP LC) . Cette dernière association française défendant la "liberté religieuse" fut créée en 2002 par Thierry Bécourt , ancien membre de l’association Omnium des Libertés . Becourt a été influencé par l’ésotérisme d’Alice Bailey et a été le fondateur de l’ Institut de Psychanimie , voué à la diffusion de la théosophie . L’ Omnium del Libertès , dont est issu le CAP LC, a été fondé en 1996 par le chanteur Joël Labruyère, adepte de la Scientologie . Le président actuel de CAP LC est Thierry Valle , un homme sympathique avec qui je me retrouve aussi souvent à bavarder au bar de l’Hôtel Sofitel à Varsovie. Il se moque de moi et je me moque de lui. En 2015, des "hackers éthiques" français actifs contre la Scientologie étudiaient les photos d’une adepte connue de l’église, Françoise Morel, filmée devant un siège de la Commission citoyenne pour les droits de l’homme (CCDH) , une des organisations de Scientology. Ils se demandaient qui était l’homme qu’ils voyaient toujours à côté d’elle. La photo est celle ci-dessous. Oui, c’était Thierry Valle. Les auteurs de l’article dans lequel la photo est rapportée supposent que Valle fait partie de l’ OSA (Office for Special Affairs) , le renseignement de la Scientologie. En fait, le nom de Valle apparaît sur la liste du personnel du Guaranty Building , le palais des beaux-arts de Scientology à Hollywood, dès 1994. Revenons à la photographie initiale, nous pouvons récapituler la formation. Nous avons la Scientology , CESNUR-Bitter Winter , puis HRWF , FOB et enfin CAP LC . Toutes des entités reliées entre elles. La première chose qui saute aux yeux de l’observateur est que, mis à part le représentant de la Scientology qui n’avait pas remarqué la chose, tout le monde sourit à la même caméra, même la représentante de CAP LC au deuxième rang. Ils sont un "combo". Un seul groupe de militants qui mène une action coordonnée de lobbying auprès des organismes internationaux afin de contrecarrer les actions et les politiques qui pourraient entraver une certaine vision de la défense de la "liberté religieuse". Une vision, en effet, particulière, comme nous l’avons vu en enquêtant sur le contexte des protagonistes. Encore plus explicite à cet égard est la photo ci-dessous que montre un briefing entre les présidents de CAP LC et de HRWF, le vice-président de CAP LC (la femme aux épaules blondes) et deux hauts responsables de la Scientology à la réunion de l’OSCE 2023. Religion et intelligence a) Catholic Intelligence Agency La CIA utilise la religion comme un outil d’espionnage depuis avant son existence. En effet, Allen Dalles, qui dirigea l’agence dans les premières années, avait déjà utilisé les groupes religieux comme couverture pour des opérations de renseignement même lorsqu’il était responsable de l’Office for Strategic Services (OSS), l’organisme ancêtre de la CIA. Au début, c’était le catholicisme. Dans son " Errand into the Wilderness of Mirrors " , Michael Graziano évoque l’Office of Strategic Services de la Seconde Guerre mondiale, pour expliquer comment le catholicisme "est devenu le modèle par lequel la communauté du renseignement pouvait comprendre et manipuler les autres religions du monde" . C’est en agissant sous le couvert du pouvoir persuasif profond de l’Église que l’ODD mobilisa les populations européennes contre leurs occupants nazis (puis soviétiques). L’agence a également collaboré avec la Catholic International Press, à travers le prêtre belge Felix Morlion, dans ce qu’elle a appelé "Opération Pilgrim’s Progress". Graziano écrit que "les analystes américains supposaient souvent que les intérêts catholiques - et ceux du Vatican plus spécifiquement - cadraient parfaitement avec les objectifs des États-Unis". En fait, une fois que l’Agence a commencé à rencontrer d’autres religions du monde au cours de la guerre froide - le shintoïsme au Japon, le bouddhisme en Asie du Sud-Est, et surtout l’islam en Iran - a supposé que "les États-Unis et les religions du monde [étaient] des alliés naturels" dans la lutte contre le communisme athée. À la fin de la guerre, les anciens agents de l’OSS entrèrent dans la toute nouvelle Central Intelligence Agency (CIA), apportant avec eux l’expérience et les réseaux nécessaires pour rendre opérationnel l’instrument religieux dans les activités clandestines. Des responsables de la CIA comme Allen Dulles, Kermit Roosevelt, Miles Copeland, William Eddy et James Jesus Angleton n’hésitèrent pas à utiliser la religion comme instrument transactionnel . Des ecclésiastiques américains, des missionnaires et l’évangélique Billy Graham ont secrètement collaboré avec la CIA. En 1975, un rapport du Sénat américain révélait l’utilisation de divers prêtres et missionnaires américains pour la collecte d’informations dans différents pays. Il existe de nombreuses preuves de financement américain pour les églises, chrétiennes ou non. Par exemple, la CIA a financé les églises du Kerala , en Inde, et cette ingérence dans la politique indienne a été révélée en 1978 lorsque l’ancien ambassadeur en Inde, Daniel Patrick Moynihan, a publié les informations dans son livre A Dangerous Place. En plus d’interférer dans le Kerala, les églises américaines ont fourni un large soutien aux terroristes du Nagaland. Ces terroristes ont reçu une aide évidente de l’establishment américain sous la forme de rapports sur les droits de l’homme et de déclarations publiques de soutien de politiciens de haut niveau tels que Jimmy Carter. Nous commençons à voir comment les rapports sur les droits de l’homme sont une arme utilisée pour ou contre les groupes et les institutions selon qu’ils favorisent ou entravent les intérêts de l’administration américaine (rappelez-vous le rapport USCIRF 2020 ?). L'utilisation des Mormons semble également avoir été notable, comme l'écrit Alain Gillette dans son ouvrage "Les mormons, de la théocratie à Internet". En effet, les Mormons, en plus de partager des objectifs moraux avec certains secteurs de l'administration américaine, ont des missions dans différents pays du monde et parlent correctement la langue de chacun de ces pays. Au début des années 1980, le gouvernement nicaraguayen a accusé les mormons, les adventistes du septième jour et les témoins de Jéhovah d'être impliqués dans un plan de la CIA visant à renverser le gouvernement sandiniste . Il est établi que de nombreux mormons en Finlande ont été impliqués dans les activités de la CIA depuis les années 1950 . En 1978, deux journalistes, Jorraa Lindfors et Jukka Rislakki, ont écrit un livre sur les liens présumés entre la CIA et l'Église mormone. Selon les auteurs, "de nombreux jeunes missionnaires en Finlande avaient reçu une formation d'officier militaire et le chef du travail missionnaire international des Mormons, l'apôtre Neal A. Maxwell, était un ancien agent de la CIA". Que les religions du monde soient des alliés naturels des USA semble le penser aussi une série d’organisations et de think thanks "libertaires" coordonnés par' Atlas Network . Comme vous le verrez mieux dans le prochain épisode, toutes ces entités non gouvernementales ( Acton Institute , Federalist Society , etc.) travaillent en tant qu'"agents d’influence" promouvant des politiques néo-néo-libéraux qui lient la liberté économique à la liberté religieuse et agissent comme une extension silencieuse de la politique étrangère des États-Unis. Les think tanks associés à Atlas reçoivent des financements du Département d’État et du National Endowment for Democracy , qui est un bras fondamental du soft power américain. Les interconnexions entre ces think thanks et les apologistes des cultes sont étroites. Le soft power, ou action d’influence, s’exerce de diverses manières et à des fins diverses. Plus précisément, la promotion de la religion, Diane L. Knippers, directrice de l’Institute on Religion an d Democracy (IRD), nous suggère une des raisons de l’application mondiale de la politique américaine en matière de religion. Les Knippers ont dit : Le soft power, ou action d'influence, s'exerce de diverses manières et à diverses fins. Dans le domaine spécifique de la promotion de la religion, l'un des motifs de l'application mondiale de la politique américaine en matière de religion est suggéré par Diane L. Knippers, qui a été directrice de l' Institute on Religion and Democracy (IRD) . Knippers a déclaré : La spiritualité est un garant de la civilisation, car la spiritualité et la foi créent des personnes honnêtes. Sans honnêteté, il n’y a pas de commerce, et sans commerce, il n’y a pas de civilisation. En somme, on parle de la religion comme instrument de la mondialisation des marchés. Bien sûr, ce n’est pas seulement cela. b) la bancada evangelica La primauté du catholicisme, qui était telle qu’elle avait fait surnommer la CIA " Catholic Intelligence Agency ", est tombée dans le temps. En Amérique latine, continent catholique par excellence, l’Église de Rome perd de plus en plus de terrain au profit des diverses dénominations évangéliques. L’une des raisons en est que, tout au long de la guerre froide, la position des évangéliques les plus conservateurs a été directement soutenue par les États-Unis , qui considéraient le groupe religieux comme un rempart utile contre le communisme en Amérique latine, Domaine dans lequel la théologie de la libération avait fait prendre une connotation dangereuse au catholicisme. Le rapport Rockefeller de 1969 et la déclaration de Santa Fe de 1980 illustrent, selon certains auteurs (par exemple, Bruno Focherau et Florence Lacroix) l’utilisation de la religion par les services nord-américains pour la défense des intérêts américains en Amérique du Sud. Le rapport Rockefeller indique que les États-Unis doivent s'efforcer de gagner la bataille de l'hégémonie de la conscience en exposant l'Amérique latine à l'influence du mode de vie américain "par le biais du contrôle des appareils traditionnels de socialisation de la société civile : la famille, l'école et l'église ". Le Document de Santa Fe , préparé pour le Council for Inter-American Security et présenté en 1980 au Republican Platform Committee par une équipe de conseillers ultraconservateurs, affirme que"La politique étrangère des États-Unis doit commencer à s’opposer (et non pas réagir contre) à la théologie de la libération telle qu’elle est utilisée en Amérique latine par le clergé de la théologie de la libération". Le document fait état des travaux déjà réalisés dans ce sens : L'expérience acquise au Vietnam à travers un travail planifié sur le contrôle des populations a été exportée en Amérique latine et en particulier au Guatemala par de nombreux agents de l'A.I.D. et d'autres services américains. Des sectes ont été créées par des spécialistes de la guerre psychologique chargés du contrôle de l'espace politique et de l'hégémonie des consciences. (souligné par moi) Plus clair que cela ! Jesus Garzia Ruiz écrit dans un texte intitulé "La notion relative aux sectes en Amérique latine", qu'en Amérique latine "toutes [les sectes] sont issues des USA et sont financées de l'éxterieur". Une note du ministère de l'Intérieur du Mexique précise que Les sectes réalisent la partie la plus subtile du processus de domination et de nord-américanisation des sociétés sous-développées, en utilisant la prédication religieuse, qui fait partie de la lutte idéologique, au sein de la société civile. Afin de recueillir un soutien pour cette politique, l’ Institute on Religion and Democracy (IRD) a été créé en 1981, une organisation interconfessionnelle financée par des institutions de droite, dont les fondations des familles Smith Richardson et Mellon Scaife. Les deux ont servi de canaux financiers de la CIA . L’IRD a lancé une campagne de propagande contre les militants de l’église en première ligne dans l’opposition interne à l’aide états-unienne au gouvernement du Salvador et à d’autres régimes répressifs en Amérique latine. Le projet a réussi. Aujourd’hui, l’influence évangélique sur la société de ces pays est énorme pour le potentiel électoral. La diffusion en Amérique latine des églises évangéliques, surtout néo-pentecôtistes, qui disposent d’ importants financements qui les rendent plus "compétitives" que l’Église catholique, a contribué à la montée au pouvoir de personnages et de forces politiques "de droite"proches des intérêts des puissances économiques et financières, notamment américaines. Derrière ces phénomènes, il semble y avoir une stratégie bien précise de remplacer les chrétiens "catholiques de gauche" (parce qu’attentifs au social), par les chrétiens "évangéliques de droite" (très attentifs aux questions morales, mais très peu aux questions sociales). L'Eglise de la Parole au Guatemala, comme l'Eglise Divine Universelle en Argentine, sont directement liées à des structures nord-américaines telles que le Club 700 (un authentique séminaire pour leaders de sectes dirigé par la CIA ), TPL Television Network (fondé par le célèbre Pat Robertson en Virginie), la Billy Graham Evangelist Association ou encore World Vision International . Toutes ces structures sont sous le contrôle de la droite radicale américaine et ouvertement financées par la CIA. c) Instrumentum regni Tout cela nous fait comprendre que la religion peut être un instrument utile à certains gouvernements pour au moins trois finalités. 1. La première, attestée et reconnue, est celle de l’ espionnage . Pendant les premières années de la guerre froide, Angleton a organisé un réseau d'espionnage complexe qui a permis à la CIA d'obtenir des rapports de renseignement envoyés au Vatican par les nonces papaux en poste derrière le rideau de fer et dans d'autres zones "interdites". Il s'agissait, à l'époque, de l'un des rares moyens dont disposait la CIA pour pénétrer le bloc de l'Est. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’utiliser des églises et des religions majoritaires. À bien y penser, les cultes minoritaires - surtout s’ils disposent de leurs propres structures de renseignement, comme la Scientologie, par exemple - sont parfaits à cet effet, surtout dans les pays où les religions majoritaires sont difficilement infiltrables ou étroitement liées aux gouvernements. C’est le cas de la Russie, où, dans la débâcle qui a suivi l’effondrement de l’URSS, fleurirent des groupes spirituels et alternatifs de toutes sortes, en grande partie financés par les USA, mais aussi par la Chine, le pays des inexplicablement riches Falun Gong et Église du Dieu Tout-Puissant (sur les relations de la première avec l’administration, ou des secteurs de l’administration, USA a été mentionné dans le cinquième épisode ). Quand, en 1985, le Congrès a coupé les fonds à l’administration Reagan pour soutenir les terroristes " Contras " nicaraguayens contre le régime sandiniste, l’église de l’Unification du révérend Moon a collaboré pour fournir des vivres et de l’argent aux guérilleros (voir deuxième épisode ). Néo-templarisme, droite et diplomatie secrète Quand, en octobre 1994, 48 fidèles de l’ordre chevaleresque du Temple Solaire ont été retrouvés morts en Suisse dans les villages de Cheiry et Salvan, un soi-disant "Conseiller pour les questions religieuses du Bureau central de la défense" (Département militaire suisse) a collaboré avec les enquêteurs en interrogeant les témoins seuls, en ignorant toutes les règles de procédure. Il s’agissait de Jean-François Mayer , ancien militant de l’extrême droite de Lyon, ancien responsable de la diffusion du journal négationniste Défense de l’Occident, membre du Nouvel Ordre Social (mouvement national-révolutionnaire basé à Genève), collaborateur de la revue ésotérique Politica Hermetica , et de Panorama des idees actuelles , une revue de la GRECE , le néo-païen Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne , mais, plus intéressant encore, membre phare du CESNUR . Dans son livre "Ordre du Temple Solaire, en quête de vérité", Rosemarie Jaton rapporte le contenu d’une interview avec J.F. Mayer dans laquelle elle admet avoir été en contact avec Luc Jouret , l’un des deux leaders de l’Ordre du Temple Solaire. Luc Jouret était un ancien officier militaire belge d’extrême droite lié à Gladio , la branche italienne de l’organisation secrète anti-communiste de l’Otan connue sous le nom de Stay Behind . Après la découverte des cadavres de 16 autres adeptes du Temple solaire du Temple solaire en décembre 1995, dans le Vercors, Jean-François Mayer sera l’une des 300 personnes privilégiées qui recevront un dossier de la secte contenant les écrits posthumes des sacrifiés. Bruno Fouchereau dans La mafia des sectes écrit que le groupe "nazi-maoïste" belge dont faisait partie Jouret dans les années 1970 n’était que la façade d’une organisation anticommuniste, la SDRA-8 , gérée par les services de l’OTAN dans le cadre de la guerre froide. Cela n’explique pas le mystère des soi-disant "suicides de masse" du Temple Solaire, sur lequel se sont engagés de nombreux journalistes français (lire pour des approfondissements à l’analyse intéressante de Philip Coppens ), mais dénote une connexité entre renseignement, cultes et CESNUR. Le cas de l'Ordre du Temple Solaire permet d'aborder d'un coup d'œil un sujet qui mérite d'être approfondi, celui des relations entre l'extrême droite politique, l'intelligence et les organisations pseudo-chevaleresques . En ce qui concerne ces dernières, il s'agit d'associations qui revendiquent, généralement sans titre ni autorité, une forme de dérivation directe des ordres religieux de chevalerie qui existaient pendant les croisades, en particulier les Templiers. Il existe aujourd'hui des milliers d'associations de chevalerie, officielles ou non. Parmi les associations officielles, le plus connu est sont les Chevaliers de Malte . Martin A. Lee écrit que la branche américaine de l'Ordre est l'un des canaux de communication les plus importants entre la CIA et le Vatican. En effet, l'Ordre de Malte est capable de transférer de l'argent dans des pays auxquels ni la CIA ni le Vatican n'ont accès. L'Ordre compte de nombreux militaires et agents des services secrets. Le chef de l'Office of Strategic Services (OSS), prédécesseur de la CIA, William "Wild Bill" Donovan, était membre de l'Ordre de Malte, tout comme James Jesus Angleton, chef du contre-espionnage de la CIA. Parmi d'autres, William Casey, directeur de la CIA sous l'administration Reagan, identifié comme le principal organisateur du réseau Gladio en Italie, c'est-à-dire celui auquel appartenaient les membres de l'Ordre du Temple solaire et qui entretenait de solides relations avec la loge maçonnique italienne P2, était également chevalier de Malte. Or, si telle est la nature d'une organisation officielle comme les Chevaliers de Malte, beaucoup plus obscurs semblent être les contours de la myriade d'ordres officieux. Dans son ouvrage L'Occultisme dans la politique (1994), Gèrard de Sède affirme que, dans les années 1950, un personnage extrêmement important des services secrets français, Constantin Menlik, était membre de l'Ordre souverain du Temple solaire (SOTS), le précurseur de l'Ordre du Temple solaire (OTS) dont nous avons parlé. En 1960, la nouvelle s'est répandue et France Observatoire a écrit le 17 mars : Le groupe auquel appartiennent Constantin Melnik, membre du gouvernement Debré, et le "journaliste" Pierre Jolie, a pour but de pratiquer l'anticommunisme. Il contrôle à distance un certain nombre d'associations et est surtout en contact avec l'organisation de Georges Sauyers, avec des amis catholiques intégristes de Franco. Les "Templiers" ont des contacts en Allemagne et en Espagne. Pour sa part, Melnik attribue cette nouvelle à une campagne de dénigrement organisée par le KGB. (cité dans Enquête sur les extrémistes de l'occulte : de la loge P2 à l'ordre du temple solaire de Renaud Marhic, pages 201-202) A noter que George Sauyers appartenait à la section de guerre psychologique de l'armée. Egalement lié à l'Ordre du Temple solaire, un personnage à sa manière "mythique", Yves Guérin-Sérac , éminence grise du terrorisme noir en Europe, l'un des maîtres d'œuvre de la stratégie de la tension en Italie et fondateur d' Aginter Presse , la fausse agence de presse portugaise qui a servi de centre d'organisation de la subversion de la démocratie à l'échelle planétaire. Le journaliste italien Andrea Sceresini révèle qu'Aginter Presse était en contact avec les services secrets américains par l'intermédiaire de la John Birch Society , l'une des associations les plus influentes de la droite économico-politique américaine. Guérin-Sérac passa des décennies en cavale à partir des années 70 jusqu’à sa mort à l’âge de 95 ans en 2022 dans une résidence pour personnes âgées en France. Néanmoins, à deux reprises, il s’était publiquement présenté sous son vrai nom, Yves Marie Guillou. La première fois, c’était lors d’une réunion de la Women’s Federation for World Peace , une émanation de l’ Église de l’Unification du révérend Moon, la seconde en 2006 quand il a été rapporteur au meeting œcuménique de spiritualité New Age " Foro Espiritual " en Espagne. Étrange pour un catholique fervent et traditionaliste... Un exemple minimal de désinformation Un petit exemple de la manière dont la désinformation utile à une administration particulière passe par des sectes controversées est fourni par une de mes récentes découvertes. Les journaux et les agences de presse du monde entier ont fait état des prétendus postes de police clandestins que la Chine aurait ouverts à l'étranger, dans divers pays tels que l'Italie et le Canada (par exemple, ici). Le rapport dont les médias se sont inspirés provient d'une ONG appelée Safeguard Defenders, une organisation de défense des droits de l'homme qui surveille les disparitions en Chine, fondée par l'activiste Peter Dahlin. Il n'a pas fallu beaucoup d'efforts pour découvrir ce qui était ouvertement disponible sur le net, à savoir que Peter Dahlin est lié au Epoch Times , le journal de Falun Gong . Évidemment, je ne sais pas si le rapport est vrai ou faux, mais la source émet des doutes à ce sujet. Ce qui est certain, c'est que ce fait montre que les sectes opèrent également par l'intermédiaire d'ONG qui ont des effets politiques considérables. 2. La seconde utilité des religions comme instrumentum regni est de pouvoir diluer l’identité religieuse de certaines populations en y introduisant de nouveaux types de reconnaissance mutuelle (in-group) qui deviennent des électeurs manœuvrables, lorsqu’elles ne sont pas utiles pour des processus de polarisation sociale pouvant déboucher sur des révoltes ou de véritables révolutions. Le premier cas, nous l’avons vu en Amérique latine avec le parrainage du pentecôtisme fondé sur cet Évangile de la prospérité qui imprègne une partie importante de la droite religieuse américaine. Le noyau de cette « théologie » est la conviction que Dieu veut que ses fidèles aient une vie prospère, c’est-à-dire qu’ils soient riches du point de vue économique. Ce type de christianisme place le bien-être du croyant au centre de la prière, et fait de son Créateur celui qui réalise ses pensées et ses désirs, comme si l’opulence et le bien-être étaient le véritable signe de la prédilection divine à « conquérir » par magie avec la foi. Cet évangile est propagé par une présence massive dans les grands moyens de communication, et est soutenu par sa forte incidence sur la vie politique. 3. Mais il existe une troisième fonction de la défense à outrance des cultes minoritaires par un milieu qui, comme nous l’avons vu, devrait y être hostile. En fait, dit très bien le journaliste indien Arvind Kumar quand il dit que l’entrelacement entre universitaires, La CIA et la religion se sont manifestées dans les années 1990 au cours du processus qui a conduit au lancement de l’ International Religious Freedom Act , puis à la création de l’ Office for International Religious Freedom et de la United States Commission for International Religious Freedom (USCIRF) . Il dit aussi bien que la "liberté religieuse" de ces organismes est en réalité "un euphémisme pour la propagation du christianisme en utilisant des ressources gouvernementales"Le problème est que l’aspect central de l’affaire lui échappe, à savoir que la défense proclamée du pluralisme religieux permet de maintenir sous pression certains pays en dénonçant le leur non-respect de droit à la liberté de culte. Cette dénonciation, bien sûr, il ne s’applique pas aux pays amis tout aussi peu libéraux et hostiles au pluralisme, par exemple l’Arabie saoudite, mais il s’agit d’un excellent outil à cibler contre les pays qui sont moins utiles ou compétitifs sur le plan géopolitique. Ce ne sont pas des conjectures, comme que l’on verra dans le septième épisode , quand on pointera du doigt le travail de lobbying de la Scientologie visant précisément à "pression sur les pays étrangers" sur leur non-respect de la "liberté religieuse". À la lumière de tout cela, nous pouvons commencer à regarder sous un autre angle l’étrange enchevêtrement de commissions gouvernementales, de fondamentalistes religieux, d’associations pour la liberté de culte, de Scientology et d’autres cultes discutés, tous reliés entre eux par un maillon maximum. Au prochain épisode . premier épisode deuxième épisode troisième épisode quatrième épisode cinquième épisode

Notes de géopolitique des "sects". Cinquième épisode: Pulp fiction
Luigi Corvaglia Prologue Le monde est gouverné par une "cabale" de satanistes pédophiles. Cette cabale est constituée en grande partie du profond état américain, qui serait le vrai pouvoir occulte, et par des représentants de la culture et de la politique progressistes. Ces pédophiles satanistes ne se contenteraient pas de violer des enfants, ils en utiliseraient aussi le sang riche en adénoctame, une substance produite sous stress, à des fins de drogue et comme traitement anti-âge. Très pulp. Comme intrigue d’un B movie pourrait faire l’affaire. Quiconque n’a pas vécu ces dernières années dans une grotte, cependant, sait que cette idée a été crue par un grand nombre d’individus à travers le monde. Il s’agit de la théorie de QAnon , de la signature du personnage mystérieux qui aurait révélé au monde l’intrigue de cette conspiration dans des milliers de publications sur les réseaux sociaux. La théorie prévoyait que le président Trump, appelé par les dirigeants de l’armée à les guider dans la lutte contre le deep state, détruirait la cabale, dévoilerait le secret au monde et procéderait à des incarcérations de masse, inaugurant un royaume de vraie Lumière. L’histoire messianique a eu parmi les plus grands diffuseurs internationaux le journal The Epoch Times . Il s’agit d’un journal multilingue d’extrême droite dirigé par le mouvement religieux chinois Falun Gong . Une grande partie des efforts du journal sont consacrés à la promotion de la droite en Amérique, mais aussi en Europe, œuvre qui a inclus la diffusion de fausses données sur les prétendues fraudes électorales aux élections américaines de 2020 . En 2019, la NBC a révélé que le journal était pratiquement devenu le plus grand supporter publicitaire de Trump , juste derrière son comité électoral. En 2020, le New York Times l’a qualifié de " machine de désinformation à l’échelle mondiale ". Selon Media Matters for America , l’objectif principal d’Epoch Times - qui est maintenant publié dans 36 pays sous la supervision d’un réseau d’organisations à but non lucratif - n’est pas de générer des bénéfices, mais d’organiser un long et large " opération d'influence ". L’objectif de cette opération d’influence, à son tour, est de "fomenter le sentiment anti-Partie communiste chinois". Le culte est en effet persécuté dans la patrie. Un autre journal multilingue est consacré à diffuser des informations sur les persécutions du gouvernement chinois contre les minorités est publié en Italie et s’appelle Bitter Winter . Pendant un certain temps, ce qui a le plus bénéficié de l’attention de la revue a été une nouvelle religion connue comme Église du Dieu Tout-Puissant , ou éclair d’Orient, appelée le mouvement religieux le plus persécuté dans le monde . Ici aussi, les pulps ne manquent pas. L’une des accusations les plus terribles contre le PCC est d’ arracher des organes de sujets vivants (ou de les tuer afin d’en extirper les organes vitaux), en particulier les "prisonniers de conscience" comme les fidèles de Falun Gong et de l’Église du Dieu Tout-Puissant. Selon un rapport de 2017 du Washington Post , les recherches et les rapports ont démenti les allégations selon lesquelles, actuellement, la Chine mènerait secrètement de 60000 à 100000 transplantations d’organes par an. Les données compilées par la société américaine Quintiles IMS ont montré que la demande chinoise de médicaments immunosuppresseurs, qui sont nécessaires pour empêcher les corps des patients de rejeter les organes transplantés, étaient approximativement en ligne avec le nombre de transplantations que la Chine a dit d’effectuer. Le 14 novembre 2018, lors d’un débat à la Chambre des communes à Londres, Mark Field du Foreign and Commonwealth Office , Royaume-Uni, a répondu à une question spécifique : "Nous ne sommes pas d’accord avec les affirmations de collecte systématique d’organes de prisonniers de conscience, estimant que les preuves qu’ils présentent ne corroborent pas cette affirmation". L’Australie a pris cette position. Néanmoins, un tribunal indépendant basé à Londres, dénommé China Tribunal - Independent Tribunal into Forced Organ Harvesting from Prisoners of Conscience in China , a certifié la véracité de la collecte d’organes. Il faut dire qu’un autre tribunal indépendant, l’ International Tribunal for Natural Justice , a même donné raison aux théoriciens de QAnon. En effet, il a institué une commission judiciaire d’enquête sur le trafic d’enfants, dirigée par le "conseiller en chef" Robert David Steele , un ancien agent de la CIA, qui a soutenu l’existence d’un réseau satanique international et a suggéré que l’équipe de la campagne présidentielle américaine 2016 de Hillary Clinton soit composée de pédophiles satanistes, comme l’a également rapporté le journal catholique italien La Nuova Bussola quotidia na . Bien sûr, ce "tribunal" n’a pas une bonne réputation. Il a été fondé par un complotiste antisémite et Robert David Steele lui-même, le consultant de la commission susmentionnée, n’était certainement pas moins (d’ailleurs, il est mort du covid en 2021 parce qu’il était hostile à la vaccination). Au contraire, le China Tribunal jouit de prestige et de considération. Il est cité par les médias et les commissions parlementaires, pas par La Nouvelle Boussole Quotidienne. Cet organisme a été fondé par la International Coalition to End Transplant Abuse in China (ETAC) . Mais en consultant le site web d’ETAC, on découvre que de nombreux membres de leur " management " entretiennent des relations étroites avec The Epoc Times, le journal de Falun Gong ! Au fur et à mesure que vous descendez sur la liste des dirigeants de l’ETAC, ces liens avec le Falun Gong apparaissent un par un pour presque tout le monde. L’ETAC est clairement un groupe de façade du Falun Gong . Cela n’implique évidemment pas que les constatations et les conclusions de ce tribunal soient nécessairement fausses, mais que son indépendance revendiquée l’est. C’est au verdict de ce tribunal que Bitter Winter fait référence dans ses articles sur la question. Bitter Winter n’est pas gérée, comme The Epoch Times, par un culte discuté, mais est publiée par le célèbre Centro Studi Nuove Religioni (CESNUR) et dirigée par Massimo Introvigne . En plus d’informer l’Occident des persécutions chinoises contre les minorités spirituelles, Bitter Winter mène une campagne serrée contre le " récit anti-sectaire " par des organisations faisant entendre qu’il est lié aux gouvernements de France, Russie et la Chine. Un autre complot qui jouit de la considération des rédacteurs est celui de l’ origine artificielle du coronavirus qui aurait échappé d’un laboratoire chinois. Suivre l'argent Il a été dit que The Epoch Times a été le principal bailleur de fonds de la campagne électorale de Donald Trump. Ce qui n’est pas clair, c’est l’origine du financement du Falun Gong. Steve Bannon , qui était le gourou de la Nouvelle Droite, a travaillé avec Falun Gong dans la production d’un documentaire pour New Tang Dinasty TV (NTD) , un réseau qui fait partie de la holding du culte, Il a déclaré qu’en parlant avec ces interlocuteurs , il avait l’impression qu’ils disposaient de ressources illimitées . Les allégations fréquentes faites au fil des ans, donc pas seulement pendant la présidence Trump, sur un lien entre le culte chinois et la CIA en fonction anti-chinoise s’appuient sur des informations sporadiquement filtrées et rapportées par la presse. Dès 2010, le Washington Post annonçait un financement de 1,5 million de dollars par le département d’État américain au Global Internet freedom consortium, basé aux États-Unis, mais lié au mouvement spirituel Falun Gong. Beaucoup plus récemment, en 2021, les médias américains ont parlé d’une subvention du Département d’État à une équipe de développement de logiciels appartenant à Falun Gong . Curieusement, Steve Bannon est impliqué. Alors que les richesses du Falun Gong sont d’origine douteuse et suscitent des spéculations, l’opulence du "mouvement religieux le plus persécuté du monde" suscite encore plus de curiosité : l’ Église du Dieu Tout-Puissant . Ce mouvement qui vénère une jeune fille chinoise pour la réincarnation de Jésus-Christ est connu pour une production artistique intense qui comprend des films, des chansons, des ballets, des comédies musicales, diverses émissions en quantité étonnante et d’excellente qualité d’exécution. Il n’est pas clair où l’Église du Dieu Tout-Puissant, un culte minoritaire et persécuté, trouve les énormes sommes d’argent nécessaires pour produire une telle quantité de matériel artistique, réalisé avec un grand professionnalisme (d’ailleurs traduit dans presque toutes les langues du monde, où il est doublé avec le même professionnalisme). Il s’agit d’un engagement énorme de figures telles que réalisateurs, acteurs, scénaristes, scénographes, auteurs, danseurs, chorégraphes, costumiers, chanteurs, traducteurs, doubleurs, cameramen, monteurs, etc. L’argent nécessaire est énorme et l’organisation complexe : difficultés logistiques, théâtres de pose, répétitions, les heures de pratique incompatibles avec l’activité quotidienne d’un non-professionnel, etc... Il n’est pas clair non plus pourquoi, comme le montre une étude très récente réalisée par l’Université d’Urbino, une grande partie des nœuds du réseau de désinformation sur la pandémie de Covid 19 en Italie mènent précisément au site de l’église du Dieu Tout-Puissant . Il est certain que cette participation à la diffusion de fausses nouvelles sur les virus et les vaccins est un autre élément en commun avec Falun Gong. Ce que nous savons par contre, grâce à Bitter Winter , qui est la plus grande source d’information à ce sujet, c’est que le culte est farouchement persécuté. Les fidèles sont même torturés et tués pour s’emparer de leurs organes. Bien sûr, les persécutions sont tout à fait plausibles, mais c’est étrange que de toutes les agences de presse, tous les réseaux et freelances du monde entier le seul magazine capable d’acquérir une telle quantité d’informations d’un pays fermé comme la Chine est celle de l’ONLUS turinoise. La provenance de l’argent pour faire tourner le CESNUR et ses magazines (en plus de Bitter Winter , il y a The Journal of CESNUR ) est également mystérieuse. Dans un message échangé avec le chercheur néerlandais Anton Hein, Introvigne se vantait de gagner beaucoup de son travail. On ne comprend pas, cependant, de quel travail, parce que, bien qu’il soit partenaire du cabinet Jacobacci & psrtners de Turin, pendant des décennies, il n’entre dans un tribunal qu’en tant qu’expert en faveur d’un groupe sous accusation. En outre, il saute tous les quelques jours d’un bout à l’autre du globe depuis des décennies pour donner des conférences. Non seulement cela n’est pas compatible avec n’importe quel travail, mais c’est aussi très coûteux. D’autres fonds, a-t-il déclaré, viendraient ou viendraient dans le passé, d’autres associés aisés, comme l’économiste Piermarco Ferrarsi , membre également de l’ Alleanza Cattolic a et l’avocat mormon Michael Homer . Le fait est que le cesnur est une machine complexe qui organise une conférence internationale chaque année dans une partie différente du monde et produit deux journaux, un "académique" (mais les éditeurs sont tous apolégètes des cultes, ce qui invalide leur "peer review") et l’autre est Bitter Winter , qui est un magazine quotidien (!) et multilingue . Cela implique des coûts énormes pour la rédaction, les auteurs, les traducteurs, les webmasters, etc. Mais il est intéressant de noter, par exemple, que l’on sait que Gordon Melton de CESNUR USA a été payé par le groupe responsable de l’attaque terroriste au gaz neurotoxique dans le métro de Tokyo, Aum Shinrikyo , avant même d’arriver au Japon avec quelques experts pour défendre la secte . Melton a écrit plusieurs livres directement commandés et payés par différents groupes, dont la Ramtha School of Enlightenment ; les mêmes groupes ont ensuite diffusé ses livres. Il y a des années, l’ Église de l’Unification de Moon en Italie a fait de même avec un livre d’Introvigne. Quoi qu’il en soit, ces fonds apparaissent comme des miettes d’une forme de pain bien plus grosse. Il est certain que des doutes sur la fiabilité de Bitter Winter ont également été exprimés par des sources absolument non apparentées au gouvernement chinois, qui pourrait avoir un avantage à discréditer le magazine. Par exemple, d’ une publication coréenne de type protestant (voir la capture d’écran ci-dessous), du site BZBriefs , lié à China Source , un "ministère" chrétien américain à but non lucratif qui vise à diminuer la pression du PCC sur les églises chrétiennes, et la FAE-FAE Federation Asian communities in Europe qui a produit une vidéo sur le sujet . Tout le monde suggère un lien entre Bitter Winter et l’Église du Dieu Tout-Puissant. Mais à qui cette église est-elle liée? Le fait d’avoir exprimé de telles observations dans un article et lors d’une conférence internationale tenue à Paris en février 2021 m’a assuré, tout d’abord une citation critique , très imprécise, sur Bitter Winter (justement par le directeur Introvigne), Puis une campagne de diffamation aussi grotesque qu’hilarante à travers une série de sites et de comptes, tous gravitant dans la même orbite. C’est ce qui explique la publication de la capture d’écran accusatoire contre moi rapportée à la fin du premier épisode de ce reportage. L’auteur, dont nous nous souvenons être le directeur de FOB, n’entre pas du tout dans le fond de mes observations, mais s’invente un collaborationnisme avec le Parti communiste chinois pour ne pas avoir mentionné la torture et le prélèvement d’organes. Je ne vois pas pourquoi j’aurais fait ça. Si je devais parler lors d’une conférence sur les droits de l’homme en Chine, et si j’avais les compétences et les connaissances nécessaires, je le ferais. J’ai parlé des liens entre le Falun Gong et l’administration américaine. En ayant au contraire le docteur Amicarelli les connaissances nécessaires, répondrait-il à ma curiosité sur qui il finance et pourquoi des groupes spirituels qui deviennent ensuite objet de persécution de la part de pays en dehors de l’Alliance Atlantique? Alleiz a la sixième épisode premier épisode deuxième épisode troisième épisode quatrième épisode

Notes de géopolitique des "sectes". Quatrième épisode: Bons baisers de Russie
Luigi Corvaglia Prologue: l' icône russe Jetez un coup d'œil à la photographie ci-dessus. Elle a été prise le 29 septembre 2017 à Salekhard, en Sibérie. Celui qui se trouve à l'extrême droite, c'est moi. Ce n'est certainement pas ma meilleure photo, loin de là. C'est cependant la plus célèbre. En effet, elle réapparaît sans cesse sur des sites et des publications qui l'utilisent comme un " smoking gun " pour démontrer les relations inavouables qui me lient, et qui lient la FECRIS, à la Russie. La thèse est que la fédération européenne de lutte contre les sectes totalitaires (comme la Scientologie, mais pas seulement) est impliquée dans la mauvaise situation de la liberté religieuse en Russie simplement parce que son vice-président était jusqu'en 2021 Alexander Dvorkin (deuxième à partir de la gauche sur la photo), un Russe proche de l'Eglise orthodoxe). Il est curieux de constater qu'un pays connu pour son libéralisme et sa démocratie comme la Fédération de Russie a besoin d'un conseiller affilié à un organisme d'une nation hostile aux droits civiques comme la France pour faire appliquer des lois antilibérales. Le fait est que la photographie a eu une carrière honorable pendant des années. Elle est également apparue dans des cercles aussi improbables qu' un livre sur la pandémie de Covid 19 publié par All Faith Network ( !), et même dans un article rempli d'affirmations au moins "inexactes" dans un obscur journal en ligne affirmant que le mouvement anti-sectes est responsable du sentiment anti-ukrainien en Russie et donc moralement co-responsable de la guerre en cours ( !). La photo a récemment été publiée dans le magazine Bitter Winter avec une légende sympathique mais sibylline (voir ci-dessous à gauche). D'ailleurs, la photo accompagne un article qui n'a rien à voir avec la conférence sibérienne à laquelle j'ai assisté et dont la photo était un témoignage. Cela montre bien que l'image est devenue une sorte d'icône dont le sens réside plus dans la connotation qui lui est donnée que dans sa représentation objective. La fameuse photo a même eu l'honneur d'être présentée lors d'une dissertation savante au congrès international du célèbre Centro Studi Nuove Religioni (CESNUR) . Un exemple de haute élaboration conceptuelle et de rare rigueur scientifique fut le commentaire de l'oratrice : "On m'a dit que cette personne - elle parlait de moi - est un athée convaincu - qui lui a dit cela ? - mais vous pouvez voir qu'il n'a aucun problème à fréquenter le clergé". En effet, l'évêque orthodoxe au centre n'était pas vraiment incognito (l'argument incontestable peut être vu ici ). La photo a même été citée par le célèbre universitaire Massimo Introvigne dans un article en russe dans lequel l'universitaire affirme avoir vu une photo sur laquelle j'apparaissais "presque submergé par les prêtres" (le monsieur barbu à côté de moi est un pasteur protestant). Le lecteur se demandera peut-être pourquoi cet intérêt particulier pour ma personne et mes connaissances, ecclésiastiques ou non. Il sera alors nécessaire de présenter le CESNUR ainsi que le magazine Bitter Winter et le All Faith Network . Passionnément ensemble (Sound of Music) Le Centro Studi Nuove Religioni (CESNUR) a été fondé et est dirigé par Massimo Introvigne . Il est connu par ceux qui travaillent sur le sujet comme un expert des "nouveaux mouvements religieux" et pour être un négateur actif des positions du mouvement anti-sectes, au point d'être considéré comme l'un des principaux apologistes des sectes (en termes simples, il défend les "sectes"). Son CESNUR, fondé en 1988 à Turin, est un célèbre centre de recherche sur les "nouveaux mouvements religieux" qui se veut "indépendant de toute organisation religieuse ou confessionnelle", mais plusieurs de ses dirigeants et représentants éminents sont membres de l' Alleanza Cattolica (Pour comprendre l'humus culturel de Alleanza cattolica, voir De Alleanza Cattolica au CESNUR .) Introvigne en a même été le vicaire national régent jusqu'en 2016, date à laquelle des événements personnels l'ont conduit à quitter l'organisation. Le directeur du CESNUR affirme que ses opinions personnelles n'ont aucune influence sur la production documentaire et scientifique du centre, qui est guidée par la rigueur scientifique. En fait, c'est Introvigne lui-même qui, en 1993, a déclaré que le CESNUR avait été fondé par des militants de l'Alleanza Cattolica afin de participer à la lutte dramatique entre le laïcisme et la tradition réactionnaire. Il s'agit donc de comprendre ce qu'est l'Alleanza Cattolica. Il s'agit d'une association traditionaliste qui a toujours fait explicitement référence à Plinio Corrêa de Oliveira , penseur brésilien et fondateur de la Société brésilienne pour la défense de la tradition, de la famille et de la propriété (TFP) , une organisation catholique traditionaliste que la Conférence épiscopale brésilienne a définie en 1985 comme "n'étant pas en communion avec l'Église catholique". Introvigne a lui-même dédié l'une de ses nombreuses œuvres à de Oliveira : " Una battaglia nella notte " (2008). Aujourd'hui, Alleanza Cattolica semble avoir adopté une ligne plus "moderne" et a fait disparaître de son site officiel la déclaration suivante : "Alleanza Cattolica, qui n'a été ni fondée ni dirigée par Plinio Corrêa de Oliveira, a toutefois fait référence à son magistère contre-révolutionnaire au cours de sa vie terrestre". Or, au début de l'année 2022, la recherche sur le site institutionnel de l'Alleanza Cattolica donnait pas moins de 96 pages consacrées à de Oliveira, avec 5 articles par page . Bref, une référence fondamentale et constante dans le temps. La curiosité naît pour comprendre qui il était et ce qu'il professait, ce penseur si populaire auprès de nombreuses figures de proue du CESNUR. De Oliveira était le porteur vénéré d'un programme de "restauration de l'ordre", à comprendre comme un retour à une La civilisation chrétienne, austère et hiérarchique, fondamentalement sacrée, anti-égalitaire et anti-libérale. Cette citation est tirée de son livre le plus célèbre, "Révolution et contre-révolution" (1958). Cette condition souhaitée est donc comprise comme la restauration de l'ordre mondial traditionnel. Après avoir précisé ce que de Oliveira entend par "contre-révolution", il convient de laisser au penseur lui-même le soin d'expliquer ce qu'est la révolution: Dans Révolution et Contre-Révolution, nous avons présenté les trois grandes catastrophes de la chrétienté, à savoir la Pseudo-Réforme , la Révolution française et la Révolution communiste , comme une seule et grande Révolution qui s'est produite dans la sphère religieuse et morale au XVIe siècle, s'est étendue au terrain socio-politique avec la grande secousse de la fin du XVIIIe siècle, et a contaminé la structure socio-économique de l'Occident à notre époque avec l'incendie mondial du communisme. Ces trois catastrophes constituent les grands signes de l'avancée d'un processus historique dans lequel l'impiété, l'immoralité et l'anarchie s'emparent de l'univers. (en gras. extrait de "O Conselho e o igualitarismo moderno", 1962). La lecture même de ces lignes entraîne une certaine perplexité. En effet, on ne comprend pas comment il est possible de combiner, non pas la position de défenseur des cultes alternatifs, mais même une simple neutralité dans l'étude des nouveaux mouvements religieux, avec la conviction que même la Réforme protestante a été le signe de l'avancée d'un processus historique d'impiété, d'immoralité et d'anarchie. Cela ne suffit pas. Le penseur brésilien voit se profiler à l'horizon une quatrième révolution , caractérisée par le tribalisme , c'est-à-dire la fragmentation du corps social en fragments qui prétendent se gérer à leur guise. La cause en serait le relativisme induit par la "révolution culturelle". Il est difficile d'imaginer quelque chose de plus tribaliste que les différents cultes en compétition. L'auteur est explicite : " omnia dii genium doemonia ", c'est-à-dire "tous les dieux des nations sont des démons" (Ps. 95, 5). Si l'on cherchait la description parfaite de ce qu'est l'anti-œcuménisme, on la trouverait ici. Cela dit, on peut imaginer que le lecteur sera surpris qu'Introvigne lui-même, en tant que régent vicaire d'une association anti-œcuménique comme Alleanza Cattolica, puisse exprimer son turbo-œcuménisme en tant que directeur du CESNUR ; certainement beaucoup plus surpris par cela que par le fait qu'une personne considérée comme laïque comme moi puisse entretenir des relations cordiales d'étude ou d'amitié avec des personnes religieuses. Il faut dire que c'est de Oliveira lui-même qui a montré ce paradoxe comportemental après que la Conférence épiscopale brésilienne a officiellement déclaré, le 18 avril 1985, qu'en raison de "son caractère ésotérique, son fanatisme religieux, le culte du leader et du fondateur, et l'abus du nom de Marie la Très Sainte", le mouvement n'était pas en communion avec l'Église. En décembre de la même année, la TFP publie une brochure destinée à inaugurer un courant à succès et intitulée Brainwashing: A Myth Exploited by the New 'Therapeutic Inquisition ( Le lavage de cerveau : un mythe exploité par la nouvelle "inquisition thérapeutique"). Cette brochure contient toutes les idées que le groupe de réflexion CESNUR développera par la suite. En définitive, le thème central est que l'idée de manipulation mentale par des groupes considérés comme "farfelus" est un mythe utilisé par un faux "mouvement anti-sectes" pour les censurer. Le livret insiste fortement sur ce qui n'apparaît que de temps en temps dans CESNUR, à savoir l'idée que ce mouvement anti-sectes est une conspiration de psychiatres et de communistes . La TFP, mouvement fortement anticommuniste, était ainsi attaquée par la pieuvre psychiatrique bolchevique qui sévit désormais aussi dans l'Église latino-américaine. Massimo Introvigne, qui jusqu'alors ne s'était pas particulièrement occupé de "sectes", a commencé ses activités avec un empressement singulier, en défendant le pluralisme religieux et en réfutant le concept de "lavage de cerveau". Trois ans plus tard, il est déjà un tel expert qu'il fonde le CESNUR. Il existe également une branche aux États-Unis, dont le directeur est Gordon Melton , ministre méthodiste de la religion, fondateur d'un Institute of the Study of the American Religion , dont le critique de la Scientologie Tilman Hausherr a déclaré qu'il n'en connaissait pas d'autre représentant que lui-même .Il a enseigné à l'université de Santa Barbara en tant que chercheur invité, car il aurait fait don de sa bibliothèque à l'université californienne.Il est aujourd'hui "professeur distingué" à l'université Baylor, fondée par Battisti. Il a également siégé au conseil d'administration de l' APRL , une officine de la Scientologie, et surtout, il est l'un des principaux experts du nouveau CAN, l'organisme de recherche sur les sectes géré par la Scientologie (voir épisode 2 ). Un autre groupe d'auteurs du CESNUR est situé en France et est dirigé par l'ésotériste Antoine Faivre , membre de la section des sciences religieuses de l 'École Pratique des Hautes Études à Paris, un avant-poste de la Nouvelle Droite française. L'intérêt pour l'ésotérisme semble être une constante parmi les membres francophones du CESNUR. Un autre membre du CESNUR France était Roland Edighoffer , également ésotériste. Jean-François Mayer , de l'extrême droite franco-suisse, collabore à la revue ésotérique Politica Hermetica . Cependant, ceux qui ont lu les trois premiers épisodes (voir premier , deuxième et troisième ) ne seront pas particulièrement choqués par le paradoxe. En effet, le fait que la défense de la "liberté religieuse" soit le fait d'individus et d'organisations chrétiennes fondamentalistes ou intégristes a été clairement mis en évidence lors de l'examen des comités du gouvernement américain. Ce n'est peut-être pas la seule similitude entre ces groupes et le CESNUR. Selon Stephen Kent de l'Université d'Alberta, le CESNUR est " le groupe de pression le plus en vue pour les religions controversées " et son directeur serait "[un] critique féroce de toute tentative rationnelle d'identifier ou de limiter les soi-disant 'cultes' [qui] s'est élevé contre ce qu'il considère comme de l'intolérance envers les 'religions minoritaires', en particulier en Belgique, en France et en Allemagne". Cette description place le CESNUR en position d'être décrit comme un agent synergique des commissions gouvernementales américaines, celles dont les liens avec la Scientologie sont parfois apparus ambigus (voir le deuxième volet). Dans un article récent , Phil Lord , de l'Université McGill, a même émis l'hypothèse qu'" il est très probable que la Scientologie finance le CESNUR ". Cette position peut toutefois s'avérer simpliste et quelque peu naïve. Satisfait la première curiosité, c’est-à-dire ce qu’est le CESNUR, nous pouvons abandonner pour un moment le centre d’études turinois et son directeur, pour jeter un oeil aux deux autres entités mentionnées dans le prologue de cet épisode et qui ont montré la même curieuse attention à la photo sibérienne. L’une était le magazine Bitter Winter. On ne peut pas aller très loin, je crois. Il s’agit en effet d’une revue éditée par le CESNUR et centrée sur la dénonciation des persécutions chinoises aux minorités religieuses, comme la minorité musulmane des Ouïghours et l’Église du Dieu Tout-Puissant . L’article dans lequel la photographie a été représentée pour la énième fois (celle avec l’étrange légende) est bien de Massimo Introvigne. Il ne nous reste plus que le livre édité par All Faith Network et intitulé People of Faith. Rising above Covid 19 . Commençons par dire que le All Faith Network est une organisation de "charity" enregistrée au Royaume-Uni et "proche" de la Scientologie , et est également membre de la Fédération Freedom of Belief (FOB) déjà rencontrée à plusieurs reprises. C’est cette organisation italienne qui a un éminent adepte de Scientology parmi ses fondateurs. Les auteurs du livre en question sont Martin Weightman , Alessandro Amicarelli et Tracey Coleman . Le premier est le président du Network , ancien président du bureau des droits de l’homme de la Scientologie . Le second, Alessandro Amicarelli (le gars qui me donnait comme complice des extirpeurs d’organes. Voir le premier épisode ) est le président de la fédération FOB, et Tracey Coleman est un représentant , de l’église de Scientoloy à Londres (ville où vit Amicarelli). Rosita Šorytė siège également au comité scientifique de la fédération FOB. Cette dernière est la dame qui, au congrès CESNUR, commentait la célèbre photo avec des mots sagaces. Eh bien, encore une fois, nous ne nous sommes pas éloignés beaucoup : c’est la femme d’Introvigne, le directeur du CESNUR : C’est comme tourner en rond. En bref, cet ambient est un peu comme un vieux feuilleton où les intrigues sont nombreuses, mais les personnages sont toujours les mêmes. Post Scriptum Comme nous l'avons déjà mentionné, immédiatement après l'invasion russe de l'Ukraine, un article incroyablement diffamatoire a été publié dans un journal en ligne, affirmant que le mouvement anti-sectes était responsable du sentiment anti-ukrainien en Russie. Bien entendu, la fameuse photo y figure, et mon nom y est même mentionné. Je suis également coresponsable de la guerre ! Comme si cela ne suffisait pas, quelques jours plus tard, l'article absurde a été publié sur le site web de la Commission unie pour la liberté religieuse internationale (USCIRF) ! Le journal dans lequel cet article a été publié est The European Times , une étrange publication enregistrée en Espagne mais dont le rédacteur en chef est un Bulgare, un certain Petar Gramatikov . Il se présente comme un hiérodiacre de l'Église orthodoxe bulgare, alors que son ordination s'est faite en violation des canons (il a été marié et divorcé plusieurs fois, ce qui le rend inéligible à l'ordination). En tout état de cause, il a été ordonné par le métropolite de Tyrnovo, bien qu'il vive à Plovdiv. Il est donc fort probable que son diaconat et son monachisme soient purement décoratifs. Les seules choses certaines sont qu'il dirige le journal d'un centre de bien-être, l'Orpheus Club Wellnes, à Plovdiv, et qu'il est en très bons termes avec la Scientologie, comme en témoigne sa présence à la célébration du 46e anniversaire de la fondation de la branche belge de l'organisation . Sur la photo ci-dessous, on le voit au centre lors de cette célébration. Le correspondant à Bruxelles du European Times est une vieille connaissance: Willy Fautrè . Quoi qu'il en soit, ce qui ne cadre pas tout à fait avec mon activité pro-russe, c'est la campagne parallèle de personnes qui inondent les médias sociaux de phrases dénonçant mes actions en tant qu'agent français. Voir ci-dessous: La photo ci-dessus indique que je suis un Italien travaillant pour le gouvernement français. La preuve en est que je ne l'ai jamais nié. Mais celui-ci n'est pas mal non plus: Aller à la cinquième épisode premier épisode deuxième épisode troisième épisode

Notes de géopolitique des "sectes". Troisième épisode: 12 hommes en colère
Luigi Corvaglia Prologue Jouons à un jeu d'esprit. Si vous, en tant que lecteur, étiez membre d'une association qui défend les chauves contre la discrimination des personnes à cheveux, utiliseriez-vous un jour un postiche ? Je pense que la réponse est non. Mais si vous le faisiez quand même par vanité et que quelqu'un, connaissant le sale secret (quoi de plus sale qu'un tupee ?), le révélait publiquement, auriez-vous le droit et, plus important encore, le visage de le menacer d'un procès en diffamation ? Je pense que non. D'abord parce qu'il ne s'agit pas de diffamation, mais de vérité, et ensuite parce que, si votre combat déclaré est de défendre les chauves contre la discrimination des porteurs de poils , prendre vos distances par rapport à votre calvitie, comme s'il s'agissait de quelque chose d'indigne, représenterait une discrimination à l'égard des chauves. Ce serait illogique ou hypocrite. Eh bien, l'affaire s'est présentée exactement dans ces termes lorsque, en janvier 2016, le magazine Linkiesta a publié un article de Carmine Gazzanni qui contenait également une interview de moi. Cet article affirmait que la European Federation for Freedom of Belief (FoB) , l'association que ceux qui ont lu les deux premiers épisodes connaissent bien, était un groupe de pression (ce que la FOB elle-même affirmait sur son site officiel) et que certains de ses membres, voire de ses apex, appartenaient à l'époque à des sectes et à des groupes très controversés. L'un des fondateurs était un adepte de haut niveau de la Scientologie . Ce qui est intéressant, c'est que la réaction immédiate de FOB a été une réponse dans le même magazine, menaçant l'auteur de l'article et moi-même d'un procès en diffamation. J'ai répondu sur la même page: "Je ne pense pas que quiconque, à l'intérieur ou à l'extérieur de la FOB, aurait l'audace de dire que la Scientologie n'est pas une organisation 'controversée'. Pourtant, le conseil d'administration de la FOB écrit que cette déclaration est "préjudiciable". Pourquoi ? Si le fait de faire partie d'organisations, même controversées, est un droit que la FOB défend bec et ongles, pourquoi serait-il dommageable d'affirmer que ses membres font également partie de telles organisations ! Peut-être qu'une association qui défend les droits des homosexuels se sentirait offensée d'être accusée du fait que certains de ses membres sont homosexuels ? Curieuse logique qui ne peut s'expliquer que par la crainte du conseil d'administration de la FOB de mettre en doute les objectifs réels de la Fédération. Qu'il ne s'agisse que de doutes, c'est vrai, qu'ils soient inconfortables, c'est compréhensible, mais qu'ils soient légitimes, c'est certain et c'est aussi démontré par le fait que la FOB elle-même se garde bien de mettre en évidence de tels liens". Ici, cet épisode est emblématique et exemplaire de la confrontation actuelle, présentant tous les traits distinctifs de la situation : lobbying et ambiguïté, front office et back office, double standard et sophismes. Il est donc temps de revenir à la scène par laquelle notre voyage a commencé, celle de la condamnation par la Commission américaine pour la liberté religieuse internationale ( USCIRF ) des activités de la FECRIS (voir le premier épisode ). la parole aux jurés Après avoir clarifié le scénario et les acteurs, il sera particulièrement intéressant de lever le voile sur l'USCIRF. L' USCIRF , comme il est écrit sur son site web officiel, est une "commission du gouvernement fédéral américain", un organe consultatif dont l'indépendance vantée réside prétendument dans le fait qu'elle est "bipartisane", c'est-à-dire qu'elle n'est pas l'expression d'un seul parti. Elle n'est composée que de 9 membres, 5 du parti du président et 4 du plus grand parti d'opposition. Selon le rapport 2020 de l'USCIRF, les universitaires, les militants et les associations de défense des droits des victimes de sectes mèneraient des " campagnes de haine " et restreindraient les droits civiques. Le rapport 2020 comprend également une recommandation au président américain de combattre la propagande contre les nouveaux mouvements religieux diffusée par la Fédération européenne des centres de recherche et d'information sur le sectarisme (FECRIS) lors de la conférence annuelle de l'OSCE sur les dimensions humaines, en partageant des informations sur l'implication continue d'individus et d'entités, opérant dans le cadre du mouvement anti-sectes, dans la suppression de la liberté de religion ( sic ). En pratique, il est suggéré que les individus ( !!) et les entités opérant dans la lutte contre les sectes abusives soient surveillés... Au moment de la rédaction du rapport 2020, le président était Donald Trump. Connaître la composition de la commission qui a rédigé ce document réserve diverses surprises et curiosités. Le vice-président était Tony Perkins . Il est également président du Family Research Council, une organisation protestante fondamentaliste. Le Family Research Counci l s'oppose à la pornographie, à la recherche sur les cellules souches embryonnaires, à l'avortement, au divorce et aux droits des LGBT (tels que les lois anti-discrimination, le mariage homosexuel, les unions civiles homosexuelles et l'adoption par les LGBT). La FRC estime que "la conduite homosexuelle est nuisible aux personnes qui la pratiquent et à la société en général, et ne peut jamais être approuvée. Il s'agit donc d'un vice et d'un péché. La pédophilie serait un problème lié à l'homosexualité. Des positions discutables mais légitimes, certes, mais pas celles que l'on attendrait de ceux qui ont à juger des discriminations et des "discours de haine". En effet, en 2010, le Southern Poverty Law Center a classé le FRC parmi les groupes haineux anti-gay en raison des "fausses affirmations sur la communauté LGBT basées sur des recherches discréditées et de la science de pacotille" dans le but de bloquer les droits civiques des LGBT. Le site d'information OpenDemocracy a publié une liste des associations américaines de la droite religieuse qui ont financé des campagnes d'opposition à l'éducation sexuelle, à la contraception, à l'avortement et aux droits des LGBT en Afrique , et le FRC figure sur cette liste. Un autre membre de l'USCIRF était Gary L. Bauer, ancien président de la FRC. En novembre 2009, Bauer a signé une déclaration œcuménique connue sous le nom de " Déclaration de Manhattan " a ppelant les chrétiens évangéliques, catholiques et orthodoxes à ne pas respecter les règles et les lois des États qui, selon eux, les obligeraient à participer ou simplement à autoriser l'avortement, le mariage entre personnes de même sexe et d'autres questions qui vont à l'encontre de leur conscience religieuse . Il semble pour le moins singulier que ceux qui appellent au non-respect des lois et qui s'opposent fermement à la reconnaissance des droits inscrits dans la Constitution soient membres d'une commission qui veille au respect des droits et libertés civils. Un autre élément était Johnnie Moore . Ce dernier est le "conseiller évangélique" de Trump et le défenseur de l'hégémonie américaine. Il est le président du Congress of Christian Leaders , un groupe surveillé par Right-Wing Watch , un organisme indépendant qui surveille tous les groupes subversifs de droite. Nadine Maenza , autre membre de la commission, est directrice exécutive du Patriot Voices PAC de Rick Santorum pour la défense des valeurs conservatrices. Il s'oppose évidemment à l'avortement et au mariage homosexuel, et a adopté l'image du "guerrier culturel" dans la guerre contre les libertés civiles au cours de son mandat au Sénat. Santorum est un adhérent du groupe Regnum Christi , lié aux Légionnaires du Christ, un groupe très controversé au centre d'un énorme scandale . Lorsqu'il était sénateur, Santorum était l'auteur de l'amendement Santorum, qui encourageait l'enseignement du créationnisme et de la conception intelligente dans les écoles, en s'opposant à l'enseignement de la théorie de l'évolution. Une autre composante était Nury Turkel , chercheur principal à l' Hudson Institute , un groupe de réflexion américain d'orientation conservatrice. Si au moins quatre - et en fait il y a déjà cinq conservateurs - des neuf composantes ont des caractéristiques qui les rendraient inaptes à juger qui pratique le discours de haine, la discrimination ou l'obstruction des droits civils, cela signifie qu'avec une seule voix de plus, une majorité peut être établie. Il est également intéressant de savoir qu'un membre éminent de l'USCIRF et ancien vice-président, Kristina Arriaga de Bucholz , a démissionné en 2019 en raison de la " forte ingérence de la commission des affaires étrangères du Sénat américain" dans les activités de la Commission . Cela hypothèque l'autonomie de l'USCIRF. Paradoxalement, toutefois, M. Arriaga s'est également plaint que les nouvelles règles imposées élargissaient la mission de l'USCIRF pour y inclure la surveillance de "l'abus de la religion pour justifier les violations des droits de l'homme". Cet élargissement permettrait à une éventuelle USCIRF composée de personnes soucieuses des droits civils de dénoncer, par exemple, la ségrégation sexuelle pendant les services religieux, les mutilations génitales ou les religions qui s'opposent aux relations homosexuelles. Elle condamnerait également les abus qui se produisent dans les cultes totalitaires, les soi-disant 'sectes'. "En d'autres termes, ce qu'Arriaga n'aimait pas, c'était l'idée qu'une commission pour la défense d'un droit de l'homme, celui du culte, devrait également défendre tous les autres droits au cas où ils entreraient en conflit avec le droit privilégié (si privilégié qu'il doit être protégé par trois organismes). "Bien que surpris par sa démission, je partage ses préoccupations", a écrit le directeur adjoint Perkins sur Twitter. En bref, il semble que la commission soit intéressée par la sauvegarde de la liberté religieuse au détriment de tout autre droit. Les craintes d'Arriaga étaient excessives, si l'USCIRF continue d'embarquer des gens comme son ancien président, Elliott Abrams , un fondamentaliste chrétien condamné dans le scandale Iran-Contras (voir premier épisode ) qui fait partie des commissaires au moment où nous écrivons ces lignes. Quoi qu'il en soit, Chris Seiple, président émérite de l'Institute for Global Engagement (IGE), a déclaré que la démission d'Arriaga "soulève des questions sur la manière dont l'USCIRF est gérée", tandis que des membres des deux principaux partis estiment que les commissaires de l'USCIRF " manquent de bon sens ". Cela dit, il est raisonnable de dire que l'ironie avec laquelle le comité éditorial de FOB a traité mon livre sur les "apologistes de sectes", alors qu'un organisme supranational et incontestable comme l'USCIRF avait rendu son verdict (voir le premier volet), ne semble pas justifiée. Quant à l'accusation d'affinité avec le "nazi-fascisme", après la revue des progressistes éclairés défendant la liberté de religion, un sourire ne serait pas de trop. En conclusion, nous avons une galaxie néocon et théocon de marque américaine, non dénuée de liens ou de contiguïtés avec l'administration américaine elle-même, qui semble s'associer à des groupes controversés pour mener la guerre contre les universitaires, les militants, les associations et les législations qui dénoncent les "sectes" et protègent les citoyens contre les dangers de ces cultes abusifs. Ce qui n'est pas clair jusqu'à ce point du rapport, c'est pourquoi. Nous tenterons de répondre à cette question cruciale dans les prochains épisodes. aller au quatrième épisode premier épisode deuxième épisode

Notes de géopolitique des "sectes". Deuxième épisode: La mort aux trousses
Luigi Corvaglia Prologue Intérieure jour. Moi et un grand Kazakh vêtu d'un improbable costume brillant sommes debout dans un espace vide de l'OSCE à Varsovie en train de discuter. Discuter" est un bien grand mot. Il ne parle pas anglais et je ne parle pas russe. Nous communiquons via le traducteur de Google. Cela permet de tromper les longues heures d'attente jusqu'à l'ouverture du secrétariat. Nous devons nous inscrire pour prendre la parole lors de la session sur la liberté religieuse de la conférence annuelle du Office for Democratic Institurions e Human Rights (ODHIR) de l'OSCE. Nous étions sûrs d'être les deux premiers à prendre la parole dans la salle plénière, car nous avons attendu trois heures, debout, sans bouger, en nous parlant dans des langues que nous ne connaissons pas. C'est alors qu'un petit groupe d'individus apparaît, emmené par une vieille connaissance. Il s'agit de Willy Fautrè . Directeur de l'association belge Human Rights Without Frontiers (HRWF) , il est un habitué de la réunion de l'OSCE, tout comme moi. Mais Fautrè est aussi chez lui à l'ambassade américaine de Bruxelles et a longtemps été correspondant de News Network International , un groupe d'édition évangélique américain, farouchement anticommuniste (le communisme étant tout ce qui s'éloigne de l'hyper-libéralisme) et extrêmement conservateur (anti-avortement, contre la reconnaissance des couples de même sexe, etc.) HRWF, l'association qu'il préside actuellement, prétend avoir pour objectif la défense de la liberté religieuse dans le monde. En pratique, elle mène une propagande négative intensive contre le "mouvement anti-sectes". Notre Willy était également membre de la International Helsinki Federation for Human Rights (IHF) . Les acronymes commencent à devenir trop nombreux. L'IHF a été mentionnée dans les médias pour plusieurs raisons. La première raison est que l'IHF a dû fermer ses portes pour cause de faillite en janvier 2008, lorsqu'un juge autrichien a reconnu son ancien directeur financier, l'Autrichien Rainer Tannenberger, coupable d'avoir détourné 1,2 million d'euros. La deuxième raison d'attirer l'attention est que l'IHF semble avoir entretenu des relations avec la Scientologie . En effet, le correspondant grec de la fédération a participé à des publications de l'Église fondée par Ron Hubbard et la délégation de Moscou a publié un livre en collaboration avec la Scientologie. Arrêtons-nous un instant. En rassemblant les faits recueillis jusqu'à présent, nous disposons des données suivantes : 1. il existe des organismes gouvernementaux américains dont la mission est de défendre la liberté religieuse dans le monde (voir le premier épisode de cette enquête) ; 2. ces organismes sont dirigés - et en partie constitués - par des représentants du conservatisme religieux , surtout de marque évangélique (toujours dans le premier épisode , mais nous le verrons mieux par la suite); 3. ces organismes d'État sont flanqués, dans la même fonction, d'associations non gouvernementales dont certains des représentants les plus éminents semblent provenir du même monde ; 4. L'Eglise de Scientologie apparaît continuellement dans le récit des faits, tantôt comme bénéficiaire de la protection de ces agrégations, tantôt comme un acteur contigu aux organisations elles-mêmes. Toutes ces observations, déjà attestées par ce qui précède, seront argumentées et étayées par des preuves factuelles au cours de ce rapport. Commençons par la dernière observation concernant la Scientologie. Les Liaisons dangereuses a) Scientologie Témoignant des relations cordiales entre une partie de l'administration américaine et l'Eglise de Scientologie, on trouve également, parmi les documents publiés par Wikileaks, une rapport selon laquelle, après l'arrivée de la Secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright en Allemagne, des scientologues allemands ont été invités à l'Ambassade des Etats-Unis pour un briefing. Avec la secrétaire d'État américaine ! Wikileaks a publié des câbles d'où il ressort également que le consulat américain de Hambourg a reçu des informations sur le groupe de travail allemand sur la scientologie, et en particulier sur la célèbre opposante Ursula Caberta , de la part de Christoph Ahlhaus , qui deviendrait plus tard maire de la ville. Il faut également mentionner l’infiltration de la Scientologie dans l’administration française. En 1991, le journaliste Serge Faubert a publié un livre sensationnel intitulé "Une Secte au Coeur de la République". Au début des années 2000, le site web de l'ambassade américaine en France recommandait Kay Gaejens , un membre bien connu de la Scientologie , comme avocat. Évidemment, ce n'est pas un crime d'être un adepte de la Scientologie, ni d'être une personne de confiance de l'ambassade. Cependant, c'est cette même ambassade qui a envoyé deux de ses membres à une conférence à l'Assemblée nationale française, sans y être invités, en compagnie d'un des leaders de la Scientologie en France. Une autre figure active dans le pays au nord des Alpes pour la défense de la liberté religieuse - c'est-à-dire contre les opposants aux "sectes" - est Louis Dèmeo , un pasteur évangélique américain, fondateur de l'Institut théologique de Nîmes. Cet institut est affilié à Greater Grace World Outreach , une union d'églises non confessionnelles basée à Baltimore (Maryland) qui a été critiquée en raison de pratiques sectaires présumées. Bruno Foucherau écrit que Greater Grace peut être considéré comme un "compagnon de route" de la Scientologie. Stacy Brooks, ancienne croyante scientologue de haut rang, devenue présidente du Lisa McPherson Trust , une association qui dénonce les pratiques abusives de l'église, a déclaré qu'elle elle s'est rappelée parfaitement au leader de Greater Grace, le révérend George Robertson . Selon Brooks, "il est très proche des dirigeants de la Scientologie". Lorsque la secte, pour des raisons d'image, ne peut intervenir sur certaines questions, elle demande à Robertson de le faire à sa place. Il est leur principal contact avec le mouvement évangélique". C'est à l'instigation de Greater Grace que la Scientologie a réussi, en 1996, à mettre en faillite par la force de la loi la principale organisation d'aide aux victimes de sectes destructrices, le Cult Awarness Network (CAN) . Ce qui est curieux, c'est que les numéros d'appel de l'association, son nom, son logo et ses biens ont été achetés par M. Hayes - membre de l'Eglise de Scientologie - qui en a concédé l'usage gratuit à un groupe californien, dont le conseil d'administration compte, entre autres, plusieurs affiliés de la Scientologie (voir ici). En d'autres termes, la Scientologie s'est érigée en association anti-sectes ! En pratique, c'est comme si la Mafia s'était dotée d'une association anti-Mafia. Le nouveau CAN est, comme on pouvait le supposer, beaucoup plus souple à l'égard des groupes alternatifs. La liste des experts du nouveau CAN comprend Gordon Melton et Massimo Introvigne . Ce dernier est le directeur et fondateur du Centro Studi Nuove Religioni (CESNUR) , le premier est le directeur de la section américaine du même CESNUR. En novembre 1996, le président américain Bill Clinton a écrit un article "exclusif" pour le magazine scientologique "Freedom". Plus tard, Clinton a laissé l'article paraître "en exclusivité" pour "Freiheit", le magazine suisse de la Scientologie, dans "Ethique et Liberté" et enfin dans l'édition allemande du magazine de propagande de la Scientologie sous le titre "What we can do about the drug problem" (Ce que nous pouvons faire à propos du problème de la drogue). Son épouse Hillary Clinton a accueilli à la Maison Blanche des membres du groupe de façade de la Scientologie, Hands of Hope , et a reçu une courtepointe portant une citation de Ron Hubbard. [ ici ]. Dans les médias, cet événement a été baptisé Clearwatergate. En 1997, le conseiller à la sécurité nationale de Clinton, Sandy Berger, a rencontré l'acteur John Travolta et d'autres scientologues pour discuter de l'attitude du gouvernement allemand à l'égard de la Scientologie (TIME 22.9.1997). Selon le magazine 'George' du 3/1998, le président Clinton a personnellement rencontré John Travolta. Clinton a fait l'éloge du matériel "éducatif" du fondateur de la scientologie, Ron Hubbard : "Votre programme a l'air génial" et "J'aimerais beaucoup vous aider à résoudre votre problème en Allemagne avec la scientologie", aurait-il déclaré dans selon le rapport de "George". Le 21 mars 1997, le Knight-Ridder/Tribune News Service a rapporté que le président Clinton avait honoré les demandes du scientologue Tom Cruise en chargeant sa secrétaire d'État nouvellement confirmée, Madeleine Albright, de programmer des entretiens avec le ministre allemand des affaires étrangères Kinkel au sujet des allégations de persécution religieuse de la Scientologie en Allemagne (Berliner Morgenpost, 23.11.1998). Dans une lettre de "salutations chaleureuses" datée du 22 décembre 1999, Clinton a exprimé sa gratitude aux scientologues pour "tous vos efforts visant à promouvoir [la liberté religieuse] et à construire des communautés justes, unies par la compréhension, la compassion et le respect mutuel". Comme raison officielle de l'intérêt des Clinton pour la Scientologie, il a été mentionné que le président avait eu un sympathisant scientologue comme colocataire lorsqu'il était étudiant. L'ingérence de l'administration américaine dans les activités de la Scientologie en dehors du territoire américain s'est révélée encore plus brutale. En effet, à la fin de l'année 1998, le département d'État américain a parrainé un concert du pianiste de jazz Chick Corea à Berlin, parce qu'il n'aurait pas été autorisé à se produire en Allemagne en raison d'une "discrimination religieuse". Le soutien administratif apporté aux sectes par les gouvernements peut aller très loin, comme le montre l'avis de l'orateur du département d'État américain recommandant aux Allemands de regarder le film "Mission Impossible", avec Tom Cruise . La star hollywoodienne est l'ambassadeur de la Scientologie en Europe. Dans une lettre adressée au département d'État , il parle sérieusement et ouvertement de son travail de lobbying pour la Scientologie : ... J'apprécie l'aide précieuse que le département d'État a apportée aux membres de mon Église pour protéger leurs droits, en particulier en Europe. Une intervention du consulat général des États-Unis à Hambourg concernant l'approbation de la reconstruction par le bureau technique de la municipalité pour l'installation du nouveau centre de scientologie dans cette ville , qui concernait entre autres le nombre de toilettes et de douches, est même connue. Pourtant, au départ, les relations entre la Scientologie et le gouvernement américain n'ont pas toujours été cordiales. Dans les années 1970, une opération d'infiltration et d'espionnage des institutions américaines, baptisée Opération S now White , a été menée par la Scientologie et s'est terminée par une descente du FBI au siège de l'organisation. Dans le cadre de cette opération, le service de renseignement de la Scientologie (alors Guardian's Office, aujourd'hui Office for Special Affairs - OSA ) a accédé illégalement à 136 agences gouvernementales, ambassades et consulats étrangers, ainsi qu'à des organisations privées critiques à l'égard de la Scientologie, afin d'obtenir des informations et d'effacer des documents compromettants. Il s'agit de l'infiltration la plus importante de l'histoire des États-Unis. Parallèlement, une guerre acharnée de 25 ans s'est engagée entre l'Église et l'Income Tax Institute, le fameux IRS. Il s'agit de l'agence gouvernementale qui a réussi à mettre Al Capone en prison pour fraude fiscale, alors qu'elle n'a pas réussi à le faire pour meurtre et trafic. Pendant 25 ans, la Scientologie a revendiqué l'exonération fiscale en tant qu'organisme religieux. L'organisation a intenté plus de 50 procès contre l'IRS. En 1993, l'IRS a capitulé de manière inattendue en accordant l'exemption. Quatre ans plus tard, le New York Times a dévoilé des informations intéressantes sur cette affaire . Un détective privé a déclaré aux journalistes qu'il avait été engagé par la Scientologie avec plusieurs autres collègues pour recueillir des informations sur les fonctionnaires de l'IRS, en particulier sur les fautes professionnelles, la consommation d'alcool et de drogues et les liaisons extraconjugales. L'exonération fiscale a été accordée à la demande expresse du directeur de l'IRS, comme ça, spontanément, sans passer par la procédure d'approbation normale. Le poids de l'église fondée par Ron Hubbard dans la sphère politique a semblé s'accroître de manière disproportionnée à partir du milieu des années 1990, lorsque s'est mis en place un puissant lobbying, minutieusement décrit par Steven A. Kent de l'Université d'Alberta. L'Eglise a financé la politique à hauteur de millions de dollars et ses célébrités (Tom Cruise, John Travolta et d'autres) ont personnellement financé des campagnes électorales. Selon Foucherau, la Scientologie a versé 725 000 dollars à un cabinet de lobbying politique en 1997, somme qui est passée à 420 000 dollars l'année suivante. Greg Jensen, l'un des dirigeants les plus prestigieux de l'Eglise, aurait sponsorisé la campagne du sénateur Benjamin A. Gillman, qui deviendra plus tard président de la Commission pour la liberté religieuse de l'OSCE (oui, celle qui a failli provoquer l'incident diplomatique des attaques contre la politique anti-sectes française lors de la réunion de l'OSCE. Voir le premier épisode ). L'opération Blanche-Neige n'est plus qu'un souvenir. Les relations entre la Scientologie et les services de sécurité américains, en particulier la CIA, ont souvent été évoquées à demi-mot. Il est évident que les services secrets sont, par définition, secrets, et qu'il n'est donc pas donné aux citoyens ordinaires de connaître leurs activités et, par conséquent, les motifs et les modalités de leurs fréquentations. Il arrive cependant que des choses étranges filtrent. Ainsi, au milieu des années 1990, la police grecque a fait une descente au siège de la Scientologie à Athènes et a confisqué une multitude de documents internes de la secte, dont certains ont été publiés. Certains d'entre eux contenaient des références à l'assistance de la CIA aux branches étrangères de la Scientologie . Les enquêteurs ont trouvé des milliers d'informations sur la vie privée des citoyens et des preuves d'activités d'espionnage réelles. Lorsque Gerry Armstrong , considéré comme l'ennemi numéro un de la Scientologie, est arrivé en Russie, l'information de son arrivée, pour que les autorités prennent des mesures de détention à son encontre, a été donnée par l'ambassade américaine à Moscou . Greg Mitchell , fondateur de The Mitchell Company, est le lobbyiste officiel de l'Église de Scientologie à Washington D.C. et lui-même membre de l'Église de Scientologie. Les initiés disent que son rôle est d'aider l'Église à gagner en crédibilité auprès des décideurs influents. Depuis les années 1990, il a été à l'aise dans les administrations américaines successives. Selon les rapports de divulgation de la Chambre des représentants et du Sénat américains, le groupe religieux controversé a versé plus d'un million de dollars à Greg Mitchell pour ses activités de lobbying depuis 2003. Selon les registres des visiteurs de la Maison Blanche, Gregory Mitchell a participé à un "groupe de travail sur la justice pénale" avec l'assistant politique David Pope au bureau exécutif Eisenhower de la Maison Blanche le 28 septembre 2009. L'Église de Scientologie est un membre informel de l'ONG appelée International Religious Freedom Roundtable , coprésidée par Mitchell. Comme l'indique son site web officiel, l'IRFR "s'efforce d'impliquer le gouvernement des États-Unis et d'exhorter ses dirigeants à faire de la liberté religieuse une priorité plus importante en matière de politique étrangère et de sécurité nationale". b) L'Église de l'Unification La proximité de la Scientologie avec l'administration américaine est certainement curieuse, car aucune autre secte ne semble bénéficier de la même considération de la part du gouvernement américain. Seule l' Église de l'Unification du révérend coréen Moon, qui semble avoir suivi une voie jumelle de celle de la Scientologie, s'en approche. Les Moonies, comme on appelle familièrement les membres de la secte, possèdent l'un des plus grands journaux américains, le Washington Times! Plusieurs membres du Congrès sont subventionnés par l'église de Moon et pas moins de deux présidents, George Bush père et Gerald Ford, ont accrédité l'organisation en assistant à des événements publics de l'église. En 1978, la commission Fraser, une sous-commission du Congrès américain, a enquêté sur l'influence politique du gouvernement sud-coréen sur la politique américaine, ce que l'on appelle le Koreagate . La commission a publié un rapport qui mentionnait également la participation de Moon à cette activité. Ce rapport de 80 pages fait état des efforts déployés par le mouvement de Moon pour influencer les institutions américaines et la politique étrangère des États-Unis, en partie dans son propre intérêt, en partie pour servir le gouvernement sud-coréen et en partie, bien sûr, à la demande directe de ce gouvernement. Des questions ont également été posées sur le lobbying en faveur de l'extension d'une licence de production d'armes pour l'une des entreprises de M. Moon et sur bien d'autres choses encore . L'organisation politique de Moon, la Confédération des associations pour l'unification des sociétés d'Amérique (CAUSA) , a financé le "Front national" de Le Pen en France, dont l'europarlementaire Pierre Ceyrac était également le chef de la section française de la CAUSA. En Allemagne, Ursula Saniewski , membre du conseil d'administration de la CAUSA, était l'assistante personnelle de Franz Schönhuber des "Républicains" d'extrême droite. Avec le président de l'Église de l'Unification, Karl Leonhardtsberger, et le vice-président de CAUSA, elle avait déjà prévu de créer un autre "mouvement de citoyens" orienté vers la droite. L'Église de l'Unification s'est surtout engagée dans les affaires américaines en menant une guerre anticommuniste par procuration en Amérique latine . Lorsqu'en 1985, le Congrès n'a pas autorisé l'administration Reagan à soutenir les " Contras " nicaraguayens contre le régime sandiniste, ce problème a été résolu par le mouvement de Moon, ce qui signifie que sous l'administration Reagan, Moon a bénéficié d'une plus grande notoriété et d'une plus grande influence. Les faits sont bien décrits par John Gorenfeld dans son livre " Bad Moon Rising ". Ford Greene rapporte que la CAUSA a fourni des milliers de dollars et des tonnes de nourriture, de médicaments et de vêtements aux troupes de guérilla. En 1985, le Washington Times a créé un fonds privé pour les Contras et a annoncé que Bo Hi Pak, l'éditeur officiel, avait versé 100 000 dollars dans le cadre de l'effort des Lunes pour réunir 14 millions de dollars. L'éditeur, interrogé sur la manière dont le journal pouvait se le permettre, a expliqué que les propriétaires du journal (l'organisation Moon) étaient prêts à offrir une aide exceptionnelle en cas de problèmes moraux importants. c ) le réseau C'est précisément dans cette moitié des années 1990 qui a vu l'activation en Europe de campagnes anti-sectes et la prolifération aux États-Unis d'instituts de contrôle de la liberté religieuse, que l'église de Moon et la Scientologie ont semblé entamer une collaboration fructueuse. Les deux églises deviennent des pôles d'agrégation pour de nombreuses autres sectes minoritaires et forment, plus ou moins formellement, plus ou moins ouvertement, des alliances qui reçoivent le soutien des organisations fondamentalistes chrétiennes américaines et, par osmose, leurs références politiques. C'est ainsi que naissent des organismes tels que l' Institute on Religion and Public Policy , intéressant mélange d'humanité diverse allant des sénateurs ultra-conservateurs aux moines en passant par les adeptes du gourou Sri Chimmoy. Cela n'empêche pas l'institut de se qualifier de " catholique fondamentaliste ". Le fondateur et président était Joseph K. Griebosky . En 2004, un ancien employé de Griebosky, Daniel Chapman, a contacté le célèbre activiste Gerry Armostrong pour lui dire que lorsque Grieboski a créé l'IRPP en 1999, il recevait 8 000 dollars par mois de la Scientologie . Il est possible que la Scientologie ait payé pour la création de l'IRPP elle-même. En décembre 2011, Mark ("Marty") Rathbun, un ancien scientologue de haut rang, a publié sur son blog ce qu'il prétend être un document de la Scientologie intitulé " Programme Grieboski ", daté du 29 janvier 2007, qui énonce des "objectifs" ou des actions que les dirigeants de l'Église pensent que Grieboski devrait entreprendre pour résoudre les problèmes de la Scientologie en Europe et pour l'aider à pénétrer dans les pays musulmans. L'Institut sur la religion et les politiques publiques inaugure ainsi le phénomène des agrégations incongrues et de l'œcuménisme paradoxal. Cela sera particulièrement évident dans les années à venir avec l'explosion d'associations et de fédérations dont l'intention déclarée est de faire pression sur les instances politiques nationales et supranationales afin de s'opposer à l'action des organisations de protection des victimes de sectes. Par exemple, la italienne European Federation for Freedom of Belief (FOB) , l'organisation qui m'a accusé d'aller en Chine pour persécuter des gens (voir le premier épisode ). Sur son site Internet, cette organisation se présente comme " une ONG porteuse d'intérêts, inscrite au Registre officiel des lobbies auprès du Parlement et de la Commission de l'UE à Bruxelles et à Strasbourg où elle représente six nations ". Notons au passage que parmi les membres fondateurs, et toujours au sein du comité scientifique, se trouve Fabrizio d'Agostini . Dans sa fiche de présentation , il manque une information fondamentale que l'on trouve pourtant facilement dans les publications scientologues : il s'agit d'un scientologue de haut niveau. Similairer la mission de l'association belge Human Rights Without Frontiers , celle de ce Willy Fautrè que nous avons rencontré au début, lorsqu'il a fait irruption dans le hall du secrétariat de l'OSCE. Je ne vous ai pas raconté comment cela s'est terminé. Le petit groupe de nouveaux arrivants se tenait dans le coin de la salle opposé à celui où je me trouvais avec mon nouvel ami kazakh, et le Belge prétendait être le premier dans la file d'attente. À nos remontrances, le champion des "droits de l'homme sans frontières" a répondu avec condescendance que nous étions du mauvais côté de la salle et que la file d'attente commençait avec lui (qui était arrivé trois heures plus tard). À mon objection, qui ressemblait à un argument absurde, il a simplement répondu "vous avez perdu votre place" et s'est détourné comme si rien ne s'était passé. Je sais, c'est un épisode minime qui ne fait que témoigner d'une éducation douteuse, rien à voir avec les ambiguïtés de haut niveau et les intrigues internationales décrites plus haut, mais c'est peut-être la mesquinerie de certains militants des "droits civiques" qui décrit mieux les personnages qu'un traité de géopolitique, étant donné l'attention portée à mes droits et à ceux de mon ami kazakh. Fondu enchaîné. Aller au troisième épisode retourne au premier épisode
